Messiah – Crise de foi ?

Thriller politico-théologique, Messiah dynamite
le politiquement correct et célèbre un nouveau prophète énigmatique
à l’ère des réseaux sociaux. À suivre ou à fuir ?

Par Garance Lunven

Temps de lecture 5 min.

Messiah

Bande-Annonce

Netflix démarre l’année 2020 sur les chapeaux de roues avec Messiah nouvelle création signée Michael Petroni (Narnia, La Voleuse de Livres…). Une série qui interroge l’arrivée d’un nouveau messie (Mehdi Dehbi) sur fond de conflit Israélo-Palestinien et de relations internationales complexes. Visiblement, ce pitch audacieux n’est pas du goût de tout le monde puisqu’une pétition a été lancée avant la sortie de la série dénonçant «une propagande maléfique et anti-islamique».  La pétition n’a cependant rassemblé que quelques milliers de signatures et, si le créateur de la série avoue volontiers son intention de faire du grabuge, on ne peut décemment pas lui reprocher de verser dans la propagande.

La série fait preuve d’une ubiquité étourdissante et se déploie aux quatre coins du globe.

Jésus 2.0
Certes le projet est pharaonique et risqué. Mais le résultat est à la hauteur  de son ambition. Messiah parvient à mener une valse folle entre l’arabe, l’anglais, l’hébreu et même un peu de français. La série fait preuve d’une ubiquité étourdissante et se déploie aux quatre coins du globe, de la Syrie aux États-Unis en passant par Israël. Le fil rouge étant l’odyssée de cet homme apparu à Damas, vêtu d’une robe jaune, Nike au pied, prétendant prêcher la parole de Dieu, juste avant qu’une tempête de sable ne chasse définitivement Daech de la ville. Partout où il passe, Al-Masih enchaîne les miracles. Il disparaît mystérieusement de sa cellule, secourt un enfant d’une fusillade au Mont du Temple à Jérusalem, sauve in extremis une ado rebelle d’une tornade spectaculaire au Texas…  Le tout relayé à une allure folle sur Instagram et YouTube. Étranges coïncidences ou volonté divine ? C’est ce que tentent de découvrir Eva Geller (Michelle Monaghan vue notamment dans plusieurs Mission : Impossible), agente de la CIA, et Aviram, joué par un Tomer Sisley (Balthazar, Lucky Day) bien plus crédible qu’on l’aurait supposé dans le rôle de l’officier israélien musclé.

Les Misérables
Chacun prêche pour sa paroisse. C’est en tout cas ce que semble vouloir dire la série, qui offre une galerie de personnages tous plus paumés les uns que les autres, en pleine crise de foi. Et surtout à la recherche d’une doctrine à laquelle se cramponner. Que ce soit le dogme religieux, une agence de renseignement quasi congréganiste, ou la recherche du profit. Et si la superposition de ces multiples points de vue amorce une réflexion sur l’implication de la religion dans les conflits géopolitiques, on déplore que ce propos soit souvent trop léger… Voire parfois ambigu. Dans la série messianique The Bible (2013), les producteurs avaient plus ou moins réussi à rester fidèle à l’esprit du livre, tout en y injectant une bonne dose de stéroïdes. Ici, la superproduction modernise les textes sacrés un peu à sa sauce (en prouvant l’efficacité de la méthode révisionniste historique mégalo de Tarantino) et les mêle à la politique à l’échelle internationale.  On pardonnera donc la lenteur de certains dialogues, nécessaires pour que tous ces éléments scénaristiques puissent s’imbriquer.

 

A voir pour le croire
En résumé, Messiah est une série d’espionnage politique trempée dans l’eau bénite. Une sorte de Homeland en soutane portée par une détective empouvoirée et touchante. Et si les critiques semblent mitigées, entre les partisans qui louent la création Netflix et ses détracteurs qui parlent de pétard mouillé, on ne peut pas reprocher à la production de faire de l’angélisme. Au contraire, Messiah prend les sujets polémiques à bras le corps, alors que la plupart des cinéastes les tournent en dérision pour éviter de se mouiller. En témoignent les sorties récentes de séries sur la religion, que ce soit la satirique The New Pope de Sorrentino ou la comédie angélique Miracle Workers l’année dernière, où le propos critique est en permanence nuancé par l’humour. Comme pour s’assurer de pouvoir brandir la carte du second degré en cas de scandale. Seule la création OCS The Spy suit le même chemin que Messiah et s’empare de sujets tabous à travers la biographie romancée d’Eli Cohen, agent israélien infiltré en Syrie. En clair, quoi qu’on en dise, on se laisse facilement convertir par le sacro-saint Netflix et sa nouvelle création. Amen.

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