5 est le numéro parfait – drowning by numbers

Igort adapte au cinéma son roman graphique (le plus traduit au monde)
et en fait son premier film.
Un objet inclassable et sans doute un futur classique du cinéma italien.

Par Franck Lebraly

Temps de lecture 3 min.

5

Bande Annonce

Naples, 1970, Peppino Lo Cicero tueur de la Camorra, est à la retraite, mais il va reprendre du service quand son fils est retrouvé mort dans la rue. Il réunit alors son ancienne équipe pour mener l’enquête et livrer un combat sans merci aux clans mafieux napolitains afin de démasquer le tueur. C’est sur cette trame banale de vendetta, de tueries et de guerre des clans que s’articule le film. L’intérêt principale de 5 est le numéro parfait ne réside pas dans son scénario, vous l’aurez compris, mais dans sa puissance graphique. Qui retrouve celle de cette B.D. publiée dans 20 pays et en 15 langues. Un parfait mix entre Dick Tracy (le comics de Chester Gould, pas le film) et Sin City (Rodriguez-Miller, 2005).

La ville prend part au récit telle une actrice
qui jouerait son plus beau rôle.

L’égérie Napoli
La ville prend part au récit telle une actrice qui jouerait son plus beau rôle. Naples est un théâtre où se déversent tous les vices, sublimée par une lumière et une ambiance de film noir. Peppino, et son profil de mafieux ultra reconnaissable digne d’un déguisement, ne se retrouve plus dans la « mafia » moderne ou l’honneur n’existe plus, comme une vision prémonitoire du Naples contemporain et de ses gangs de gosses qui gèrent la ville (Piranhas). La plupart des dialogues sont en Napolitains et comme issus d’un monde passé.

Le Graphisme comme narration
Le film est divisé en chapitres illustrés par des petits intermèdes au style rétro à souhait façon Saul Bass (les générique d’Hitchcock notamment), on se ballade de ruelles sombres en grandes places désertes, ou l’ombre de Giorgio de Chirico plane. Lumière et profondeur de champ accentuent la solitude des personnages qui déambulent dans cette ville métaphysique. Bel hommage à Metropolis (Fritz Lang) et à l’expressionnisme allemand. Le hongkongais Johnnie To (Election, Mad Detective) a longtemps travaillé sur le projet et devait le réaliser, mais faute de disponibilité, il a laissé carte blanche à Igort, son créateur.

Autre maître à tenir le film, Toni Servillo, qui porte une fois de plus le déguisement à merveille, car après Andreotti (Il Divo) et Berlusconi (Silvio et les autres), le voici métamorphosé en caricature de mafieux. On adore ses mimiques, sa voix théâtrale qui contribue par une présence intemporelle à faire du film une réussite.

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