Clipanorama #12

Chaque semaine, on vous propose une sélection des clips les plus cinématographiques du moment.

Par Quentin Moyon & Valentine Bounaud

Temps de lecture 10 min.

TKN

Clip

Rosalía & Travis Scott, TKN 
Tentés par un alliage de trap, de flamenco et de reggaeton ? C’est ce que nous proposent Rosalía et Travis Scott dans TKN, leur nouvelle collaboration après Highest In The Room, qui avait déjà souligné leur belle symbiose. Cette mélodie vibrante, qui donne envie de danser jusqu’au bout de la nuit, est illustrée par un clip dément, créé par le réalisateur Nicolás Méndez alias CANADA. Rosalía et La Flame y supervisent une battle de danse entre leurs crews respectifs, exclusivement composés d’enfants de toutes les origines ethniques. Dans les rues de Los Angeles, les chorégraphies parfaitement exécutées par des gamins en mode warrior se calent sur les beats puissants caractéristiques du style Rosalia. D’une énergie folle et d’une fluidité enivrante, ce jour des enfants rois, à fleur de bitume, a des airs de manifeste, et fait écho aux images aux rassemblements anti-racistes qui agitent en ce moment les villes américaines. Dès le début du clip, où l’on admire un bébé rayonnant avant de regarder passer, derrière la vitrine d’un magasin, une bande d’enfants qui courent dans la rue, le clip détourne l’imagerie de l’émeute au profit d’une revendication artistique et politique : et si on donnait le pouvoir à la jeunesse ?

Deeply

Clip

Meryem Aboulouafa, Deeply
La chanteuse marocaine Meryem Aboulouafa a mis quatre ans pour achever son premier album, sobrement intitulé Meryem. Sorti au sein du label Animal63, qui où résident également The Blaze et Myth Syzer, le disque a été peaufiné avec l’aide de Keren Ann, et l’on discerne en effet la douceur qui caractérise les productions de la musicienne française. Douceur des arrangements, sur laquelle vient se poser le velouté chaud et profond de la voix de Meryem Aboulouafa, sorte de cousine lointaine de Lana del Rey. Exemple avec le single Deeply, magnifiquement mise en images. Diplômée de l’École des Beaux-Arts de Casablanca, spécialité architecture, Meryem Aboulouafa a pris soin d’ouvrager les images de son clip autant que ses mélodies. Confiée au réalisateur Zhang & Knight, la vidéo met en scène la chanteuse dans une sorte de monastère laïc, épuré, où se croisent calmement des jeunes gens, dans une atmosphère pastel créée par le coloriste Daniel De Vue. À la croisée de la peinture, de la danse et de l’art contemporain, ce clip a l’onirisme à la fois suave et puissant provoque une forme d’hypnose. On se sentirait presque sombrer dans le syndrome de Stendhal, ce phénomène psychosomatique provoqué par les émotions artistiques un peu trop fortes, en contemplant cette merveille visuelle et musicale, qui invite au voyage tant extérieur qu’intérieur.

Sleeplessness

Clip

BOPS, Sleeplessness 
Après Her ou Columbine, la toujours riche scène musicale rennaise nous offre une nouvelle pépite en le personne des frères BOPS. Dans une veine indie rock qui évoque BC Camplight ou Ty Segall (on a le droit d’être généreux), la triplette de frangins est à quelques encablures de la sortie d’un deuxième album dont le premier morceau, Sleeplessness, est très prometteur. Côté vidéo, après le clip géant de 40 minutes réalisé pour accompagner son premier opus, Bops, en 2017, la fratrie confirme qu’elle est très attentive à son univers visuel. Cette fois, les trois Rennais, qui ont écrit et réalisé le clip, nous invitent à franchir les portes de l’ancien manoir de Nina Ricci à Morlaix, transformé en laboratoire d’images à forte teneur cinématographique. Sur les pas d’une jeune femme en proie à de terribles insomnies, on parcourt l’immense bicoque baroque où se succèdent des scènes tour à tour cocasses, gothiques, ou carrément horrifiques, quelque part entre Edgar Allan Poe, les visiteurs flippants du Funny Games d’Haneke et l’inventivité loufoque des surréalistes. Faites de beaux cauchemars !

Dancy Boy

Clip

Lewis OfMan, Dancy Boy
Dans un autre registre, Lewis OfMan (Lewis Delhomme de son vrai nom) revient avec Dancy Boy, hymne électro animé par des sonorités disco, qui rappelle un peu Breakbot. Ce nouveau morceau vient se joindre à Attitude (dont nous avions parlé ici) pour former un diptyque qui porte le sceau de la ville d’Atlanta. Dans le clip de Dancy Boy, les rues de la ville, déjà célébrée dans la série Atlanta par le rappeur/auteur/acteur Donald Glover dit Childish Gambino, servent de refuge à un jeune garçon qui fuit l’ambiance pesante des disputes parentales. Son royaume, ses règles. Le casque s’ancre sur les oreilles, le beat commence, les pieds se délient. Au son de la musique pétillante et estivale de Lewis OfMan, les nuages se dissipent et le talent du garçon explose, alors qu’on le suit dans ses pérégrinations nocturnes. Sur un terrain de basket, dans la rue, dans une supérette, il se mêle aux grands et leur communique, ou non, son énergie enfantine. Tant pis pour les rabat-joie : notre héros, lui, a retrouvé sa légèreté. Et nous avec.

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