Sœurs d’Armes & Papicha

Le film de Caroline Fourest et celui de Mounia Meddour font le choix d’un cinéma grand public et efficace pour promouvoir l’empowerment féminin face à l’islamisme.
Explications.

 Par Jacques Braunstein

Temps de lecture 5 min.

Soeurs d’armes

Bande Annonce

Militante féministe et essayiste engagée, Caroline Fourest réalise un premier film qui ne ressemble pas tellement à son C.V. Sœurs d’armes est une sorte d’Expendabelle — le projet de suite au féminin d’Expendable, la série de films d’action de Sylvester Stallone. Metropolitan, le distributeur des films de Stallone est d’ailleurs également le producteur de celui de Fourest. C’est donc un buddy movie exaltant la sororité brut de décoffrage d’une brigade internationale de l’armée des kurdes de Syrie. Surnoms, punch line et mise en boite… Le film met en scène la camaraderie entre un groupe de femmes aux caractères bien trempés.  Une Yésidi, ancienne esclave sexuelle de Daesh, une snipeuse issue de l’armée américaine… Forment un commando dirigé par une très rigide cheffe kurde, Amira Casar, impeccable.

Son but ? Donner aux filles de banlieue l’envie d’aller botter le cul aux islamistes.

Fourest réussit également les scènes d’actions et le portrait du méchant, chef de guerre de l’État Islamique aux yeux bleus, car d’origine anglaise (Mark Ryder, vu dans Borgia). Le film est aux antipodes du filandreux et esthétisant Les fille du Soleil de Eva Husson sorti l’an passé. Son but ? Donner aux filles de banlieue l’envie d’aller botter le cul aux islamistes. A travers le personnage campé par Camélia Jordana qui rejoint le commando accompagné d’une française juive qui a fait son service en Israël (Esther Garrel). Camélia Jordana sert de point d’entrée dans le film. Sa volonté d’en découdre étant expliqué par le fait que sa grande sœur a été tuée par les islamistes durant la guerre civile en Algérie.

Un premier film sensible, militant et efficace servi par une actrice à l’énergie intense

Et ce détail fait le pont avec un autre film féministe et militant qui sort cette semaine. Papicha n’est pas un film d’action. Et son pitch pourrait être celui d’une série pour ado dans n’importe quel pays du monde. Nedjma dessine et fabrique des robes qu’elle vend à ses copines de boîte de nuit (les Papicha du titre) et elle rêve d’organiser un jour un défilé de mode dans le foyer pour étudiantes où elle réside. Sauf que le film de Mounia Meddour, se déroule pendant la guerre civile en Algérie dans les années 90. Les islamistes font campagne pour que les femmes se couvrent de la tête aux pieds et n’hésitent pas à utiliser la violence pour imposer leurs vues. Un premier film sensible, militant et efficace servi par une actrice à l’énergie intense (Lyna Khoudri également au casting de la série Les Sauvages). Après avoir été présenté dans le cadre de la sélection Un Certain Regard à Cannes, Papicha devait concourir pour les Oscar (une présélection remise en cause par le fait qu’il ne sort toujours pas en Algérie). Ces deux films ont en commun de faire clairement le choix d’un cinéma grand public pour parler de l’islamisme à ceux et celles qui le subissent. Et non pas de se destiner à un public choisi et déjà convaincu. Une démarche qui mérite d’être saluée.

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