Les sauvages – Roschdy président !

Cette nouvelle série politique propulse Roschdy Zem
dans le rôle du premier président français d’origine kabyle.
Un exercice périlleux mais réussi signé Rébecca Zlotowski.

Par Garance Lunven

Temps de lecture 3 min.

Les sauvages

Bande Annonce

Risqué. C’est le premier mot qui vient à l’esprit lorsqu’on lit le pitch de la nouvelle série Les Sauvages. Fruit de la collaboration entre deux esprits géniaux, celui de la réalisatrice Rebecca Zlotowski (Une fille facile ) et de l’écrivain Sabri Louatah auteur de la saga littéraire qui inspire la série, la nouvelle création Canal+ prend un parti pris politique fort. Au programme, un candidat d’origine algérienne qui remporte les élections présidentielles, un attentat, et un sous-texte sur l’immigration. Le tout couronné par un casting aux petits oignons, parmi lequel on note Marina Fois en responsable de la sécurité du président, le rappeur Sofiane Zermani en détenu radicalisé, Dali Benssalah, attendu au casting du prochain James Bond et Shaïn Boumedine vu dans Mektoub My Love. A première vue, ce qui aurait pu précipiter la série dans les mêmes abysses que sa cousine Marseille (Netflix, 2016), soap mélodramatique sur fond de coucheries à tire-larigots, se solde par une réussite en s’engageant frontalement sur le terrain politique. Le seul point commun qu’on puisse donc leur trouver serait cette manie de laver son linge sale en famille.

Toute la société française est passée au crible,
du système judiciaire à la police

Une saga familiale
Avec le succès de Family Business  côté séries et le triomphe à Cannes de Parasite sur le grand écran, cette année célèbre décidément les familles dysfonctionnelles. Et Les Sauvages n’échappe en rien à la règle. La caméra suit la campagne du futur président français Idder Chaouch, interprété par l’insondable Roschdy Zem (Roubaix une Lumière ), accompagné de sa fille Jasmine. Le destin des Chaouch se trouve lié à celui de la famille Nerrouche, dont l’un des trois fils est fiancé à Jasmine. Un mélange explosif puisque c’est son frère qui sera responsable de l’attentat visant le nouveau président. Mais aussi parce que tout oppose la famille bourgeoise présidentielle à celle qui habite dans les tours de Saint-Etienne. Quand l’une fait la couverture de Paris Match et fréquente les hôtels particuliers parisiens, l’autre célèbre un mariage traditionnel sous les youyous. Deux salles deux ambiances pour s’attaquer de front à la questions de l’identité française dans les générations issues de l’immigration. Paumées, muselées, racisées, et condamnées à subir le lourd (et pas si lointain) héritage du colonialisme.

Miroir de la France contemporaine
Si Les Sauvages amorce incontestablement une réflexion sur le racisme d’État, elle n’omet pas de creuser du côté des inégalités sociales. Ce à quoi nous avait habitué Rebecca Zlotowski dans des films comme Belle épine ou Grand Central. Toute la société française est passée au crible, du système judiciaire à la police, en passant par le matraquage médiatique. Recourant notamment au live de BFMTV, entre débats et reportages en direct des attentats. Réaliste et brutal, mais sans jugement, elle est un miroir tendu de la vie politique française. L’élection d’un président d’origine kabyle évoque plus le parcours de Barack Obama que le roman Soumission de Michel Houellebecq. Ici, le président Chaouch fait face à la montée de l’extrême-droite, au racisme institutionnalisé comme aux fondamentalistes musulmans.

Génération Black Mirror
Cette dimension dystopique fascine particulièrement cinéastes et auteur·trice·s depuis plusieurs années déjà. En témoigne la sortie récente de la géniale série britannique Years and Years , qui prédit une montagne de catastrophes liées au populisme. Un tableau futuriste empreint de noirceur, impulsé par l’inventivité de Black Mirror en 2011, à qui on doit d’avoir remis le genre au goût du jour.  Le caractère anticipatif des Sauvages reste plus nuancé, sans aucune référence aux technologies, mais son analyse sociétale n’en est que plus puissante. Et, paradoxalement, ce n’est pas tant l’élection d’un président d’origine arabe qui paraît fantaisiste. Mais davantage l’idée que les français·e·s aient renoué avec l’engouement politique, et que la mobilisation soit à son comble. De quoi faire rire jaune.

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