Matthias & Maxime – Les gens qui doutent

Moins d’un an après la sortie de Ma vie avec John F. Donovan,
Xavier Dolan propose un film de potes, un retour aux sources
qui fait du bien au réalisateur. Et à nous aussi.

 Par Axelle Amar

Temps de lecture 5 min.

Matthias et Maxime

Bande Annonce

Xavier Dolan et Cannes, c’est une longue histoire. Depuis ses 20 ans avec J’ai tué ma mère, la liste des prix qu’il a reçus pour ses différents films est bien longue (dont un Prix du Jury pour Mommy ou encore un Grand Prix du Jury pour Juste la Fin du monde). Mais Matthias et Maxime sort du lot, même s’il est resté dans l’ombre cette année sur la Croisette. Après Ma vie avec John F. Donovan, superproduction américaine au casting prestigieux, Xavier Dolan retourne à ses origines avec Matthias & Maxime : un film québécois, des acteurs peu ou pas connus et une caméra personnelle, aussi proche des personnages que du spectateur. La simplicité de l’histoire : deux amis doivent s’embrasser pour un court métrage amateur et de là naissent des sentiments et des doutes, permet au spectateur de s’installer tranquillement au sein de leur groupe de copains, de partager les soirées avec eux, de se sentir proche des personnages. Entre les répliques que l’on croirait directement sorties de la bouche de nos amis et les références auxquelles s’identifieront les enfants des années 90, ces derniers se retrouveront facilement dans le cercle de Matt et Max. 

Une caméra personnelle, aussi proche des personnages que du spectateur

Un film de bande
Chaque scène de groupe semble improvisée, filmée à l’insu des personnages. Comme l’affirmait Jean-Michel Blais, le compositeur de la bande son (que nous avions rencontré à Cannes)  « C’est de l’impro, et c’est tellement de l’impro que ce n’est pas voulu que ce soit de l’impro… ». L’équilibre se trouve grâce à l’unité du groupe, tout aussi fusionnel dans la rapidité des plans serrés que dans la tranquillité des plans d’ensemble. Xavier Dolan nous montre que hors de la bande, la vie est bien morne. Que ce soit du coté de Matthias et de sa vie très (trop) rangée ou du coté de Maxime et de sa vie très (trop) chaotique. Alors qu’on ressentait le poids de Ma Vie avec John F. Donovan sur les épaules de Dolan, on ressent ici toute la légèreté de ce film fait entre potes.
L’image est granuleuse, la caméra nerveuse. Entre d’abrupts plans serrés, lors des tensions au sein du groupe notamment, et de doux plans larges — les scènes sur le lac, Matthias au milieu de la route — la caméra est en osmose avec les sentiments des personnages, et crée lentement l’émotion. Quand Matthias et Maxime s’embrassent, la caméra se calme, les plans sont fixes, le temps s’arrête. Chaque scène se construit finalement plus autour de ces émotions que de la continuité de l’histoire. Le départ en Australie de Maxime, qui organise tout le récit, est un catalyseur émotionnel plus que le fil d’une structure narrative. Il sert de socle aux scènes d’adieux et de confrontations, où se concentre la force émotionnelle du film.

Une esthétique de l’émotion
Les couleurs assombries presque ternes par moment, changent de celles, flashy, de Lawrence Anyways ou des Amours Imaginaires ; ici, les personnages ne sont pas embellis par l’image, mais par les émotions qu’ils font passer. Xavier Dolan, joue avec les détails universels, qui nous frustrent, attristent ou rendent heureux, mais ne sont pas assez grands pour appartenir à un récit cinématographique. Les personnages ne fondent pas en larmes, mais ont les larmes aux yeux ; ils n’éclatent pas de rire, mais ont le sourire aux lèvres. Et il est facile de se retrouver dans ces nuances d’émotions du quotidien. S’il fait moins de remous que ses précédents films, Matthias et Maxime peut être vu comme une synthèse de la filmographie de Dolan. Des plus anciens, il garde l’authenticité des personnages et de l’écriture, mais abandonne leur esthétisme superficiel. Des plus récents, il conserve une image plus sombre et des plans moins ostensiblement construits, mais laisse de coté les personnages auxquels il est difficile voire impossible de s’identifier. Témoignage générationnel sur les relations amicales (et plus) Matthias et Maxime ne donne qu’une envie en sortant : aller boire un verre entre potes.

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