Matthias & Maxime

Jean-Michel Blais a composé la musique du nouveau film de Xavier Dolan.
Nous l’avons rencontré dans le cadre des rencontres SACEM à Cannes pour
qu’il nous parle de son travail avec le petit prodige du festival. Interview.

 Par Jacques Braunstein

Temps de lecture 4 min.

Matthias & Maxime

Bande Annonce

« Le film de Xavier Dolan est une sorte de retour aux origines. C’est un film à Montréal, sur Montréal, avec ses amis… » explique le musicien québécois Jean-Michel Blais à propos de Matthias & Maxime dont il a composé la musique. Dolan, 30 ans tous juste cette année, avait un peu délaissé son pays natal depuis Mommy (2014), enchaînant Juste la fin du monde avec des acteurs français (Gaspard Ulliel, Marion Cotillard, Vincent Cassel…) et Ma vie avec John F.Donovan avec des stars anglo-saxonnes (Kit Harrington, Natalie Portman, Susan Sarandon…).

C’est de l’impro, et c’est tellement de l’impro
que ce n’est pas voulu que ce soit de l’impro

Le voici de retour chez lui, avec un film beaucoup moins sophistiqué que les deux précédents, qui ravira donc les fans de son cinéma vérité. L’histoire de deux amis d’enfances hétéros, qui suite à un pari s’embrassent… Ce qui remet en question toutes leurs convictions sur leurs amours, leurs orientations, leurs avenirs – l’un devant partir en Australie (Dolan lui-même bizarrement affublé d’une tache de vin), l’autre ayant choisit une vie de cadre un peu terne (Gabriel D’almeida Freitas, comique québécois qui fait ses débuts au cinéma).

« Moi, par extension, je me mets à faire partie de cette bande-là, constate Blais ravi. D’un coup de pédale, j’étais chez Xavier. On a confectionné cette bande sonore ensemble. Il m’appelait, il me montrait des images, je commençais à improviser… Ou l’inverse, je jouais la musique sur une scène, les acteurs jouaient là-dessus puis Xavier faisait le montage. On ne sait plus où est le début, où est la fin… ».

Jean-Michel Blais connaissait tous les films de Dolan, mais ne le connaissait pas personnellement. « Quand J’ai reçu un coup de fil de lui, je n’y ai pas cru, moi qui, il y a encore trois ans, ne vivais pas de ma musique. J’avais toujours voulu faire de la musique de film, je ne pouvais pas commencer mieux, et je me retrouve à Cannes ! » ajoute-t-il en lançant un regard circulaire sur le ponton du Majestic où s’affairent les équipes de Canal +. C’est donc par la grande porte que le musicien de 35 ans – dont les trois albums « néo-classiques » ont été particulièrement remarqués, par le magazine Time notamment – embrasse cette nouvelle carrière.

« Quand je suis allé chez Xavier pour la première fois il m’a fait écouter les morceaux auxquels il pensait pour le film. Mais je ne les ai pas réécoutés ensuite… je savais qu’il y aurait du Schubert, du gros son lorsqu’ils sont en boîte… Et sans que j’y réfléchisse la musique du film utilise les mêmes accords que la pièce de Schubert et ce morceau de danse. » Le musicien adaptant son jeu à « la fragilité de ses personnages qui se découvrent. À petits pas, leur relation change, s’improvise et pour moi cela a un rapport avec l’intimité du piano. » Il raconte qu’ils avaient prévu de tout réenregistrer à l’image en studio. « Mais la veille je me suis dit que je ne retrouverais jamais l’émotion des improvisations que j’avais jouées avec Xavier à côté de moi. Il me faisait des signes avec les mains, on l’entend même chuchoter sur les originaux… Du coup, j’ai pris mon courage à deux mains et je lui ai dit : “je vais avoir l’air paresseux, mais on a déjà la musique que l’on veut recréer. On a plus que l’on ne pense”. Et on a annulé la session. » Pour définir sa musique, Blais a d’ailleurs une formule qui pourrait être une jolie manière de caractériser le cinéma de Xavier Dolan : « c’est de l’impro, et c’est tellement de l’impro que ce n’est pas voulu que ce soit de l’impro… »

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