Rien ne va plus

Prix du jury à Cannes, selectionné aux Oscar, le film de Ladj Ly montre une banlieue qui explose, métaphore d’une France qui va mal et aurait même bouleversé le Président Macron. Percutant !

 Par Perrine Quennesson

Temps de lecture 3 min.

Les Misérables

Bande Annonce

Film choc cannois. C’est comme ça qu’il a été présenté avant même le début de sa projection. Et pour une fois, la rumeur locale n’a pas menti. Les Misérables de Ladj Ly est une claque. Mieux qu’un coup de poing pour qu’on se réveille un bon coup. Enfin.

On y suit trois policiers de la Bac faisant leur tournée dans la cité de Montfermeil dans le 93. L’un d’entre eux, joué par Damien Bonnard, est fraîchement débarqué d’une ville de Province. C’est lui qui sera un peu notre fil conducteur, celui auquel le spectateur pourra s’identifier davantage. Mais au cours d’une arrestation, dans une ambiance de tonneau de poudre prêt à exploser, un coup de flashball part.

Les jeunes des cités sont
les nouveaux Gavroche

Vu comme un la Haine version 2019, le film de Lady Ly, lui-même issu du collectif Kourtrajmé, est un cri d’alarme. Par une mise en scène pertinente ayant régulièrement recours à des images de drone, justifiée narrativement, il nous permet d’avoir une sorte de vision globale, panoramique, totale de la situation. En évitant au maximum de prendre parti. Après une première heure qui tire le portrait de la cité, de ses habitants, d’un système mis en place entre policiers et les communautés, le film remue ce substrat et observe ce qu’il se produit. Soit un pays au bord de la grosse crise de nerfs. Car si Les Misérables semble ne s’intéresser qu’à la situation dans les banlieues, il ouvre en réalité à une question plus large, qui concerne toute la France. Une France coupée en deux, qui ne communique pas, qui ne sait plus comment se parler et qui ne voit plus que la violence physique comme réponse à une violence sociale. Et surtout, et c’est sûrement là où le réalisateur s’engage le plus, il met en scène un choc des générations. Les jeunes des cités, et d’ailleurs, sont les nouveaux Gavroche, les grilles et les caddies de la rue le futur matériel de leurs barricades. Et ce n’est pas la faute à Voltaire si cette génération est en train de tomber par terre mais elle va s’en relever avec beaucoup de colère. Le film s’achève sur un duel où là tension est plus que palpable, l’atmosphère littéralement irrespirable et Ladj Ly nous le dire simplement : on en est là, qu’est-ce qu’on fait maintenant, quand il est minuit moins une avant le drame?

Le film a été produit par la société de production française et le collectif Kourtrajmé, dont était notamment issu le dernier long-métrage de Romain Gavras Le Monde est à toi (notre critique sur le site à retrouver ici).

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