Les Éblouis – Un peu, beaucoup, aveuglément

Sarah Suco nous embarque au coeur des communautés religieuses sectaires. Un récit finement mené et inspiré de sa propre enfance qui rappelle que de nombreux jeunes subissent encore aujourd’hui ces emprises.

Par  Axelle Amar

Temps de lecture 5 min.

Les Éblouis

Bande-Annonce

Après Grâce à Dieu de François Ozon, sorti plus tôt cette année, le cinéma français se tourne de nouveau vers le milieu catholique, et surtout vers certaines de ses dérives. Dans Les Éblouis, l’actrice et réalisatrice Sarah Suco dénonce les milieux sectaires religieux et leur pouvoir sur les familles en recherche d’équilibre. Un équilibre que la cinéaste trouve parfaitement en livrant un film qui ne tombe pas dans un manichéisme stérile. Au lieu de dresser un réquisitoire contre ces milieux, elle nous montre leurs nuances et leurs ambivalences, pour mieux faire comprendre au spectateur la logique de l’emprise sectaire.

Camille Cottin (Chambre 212, Dix Pour Cent, Mouche), sort de ses rôles habituels pour incarner ici une mère de famille malade, qui se laisse influencer par une communauté religieuse, et entraîne avec elle toute sa famille. Si ce groupe repose sur des valeurs de solidarité et d’amour, le « Berger » (Jean-Pierre Daroussin) glisse rapidement vers l’autorité malsaine et l’abus de confiance. Peu à peu, ce n’est plus seulement les repas partagés après la messe, mais l’emménagement dans une maison de la communauté, les sortes d’exorcismes et l’interdiction de voir les reste de la famille (qui est bien évidemment défavorable à cette secte). Avec l’influence de la communauté, les rôles sont vites inversés, et Camille (Céleste Brunnquell), jeune aînée de la famille nombreuse, se retrouve à sacrifier sa jeunesse pour sa mère, et à remplacer les cours de cirque par les prières et les chants religieux.

La tension du film repose sur le funambulisme de Camille, oscillant constamment entre instinct grégaire et instinct de survie

Le regard est le fil conducteur du film. On suit le contrôle de la communauté religieuse à travers les yeux de Camille. Celle-ci regarde sa mère sombrer de plus en plus dans la folie et son père lâcher prise. Elle regarde ses frères et soeurs mis en danger et ses passions interdites. Surtout, elle regarde « le Berger » s’emparer de leurs vies. Et derrière ce regard, Camille essaye de comprendre, et de dissocier ce qui est bon ou mauvais pour sa famille. Au début l’adolescente semble être la seule à réellement voir, à ne pas être éblouie. Elle est incrédule lorsqu’elle constate que les membres de la communauté — en vrais moutons de Panurge — bêlent en attendant que le Berger ouvre le repas. Mais elle finit par s’amuser avec les autres jeunes du groupe et à profiter de sa vie dans la communauté. La tension du film repose sur le funambulisme de Camille, oscillant constamment entre instinct grégaire et instinct de survie. Grandissant prématurément, du haut de ses 14 ans, elle devient la seule responsable de sa famille, et le seul espoir d’échappatoire. Un rôle qui permet à la jeune actrice d’intensifier et nuancer graduellement son jeu, et d’être en pré-sélection pour le César du Meilleur Espoir Féminin 2020. Avec Les Éblouis, Sarah Suco nous rappelle que ces communautés sectaires, si nous avons tendance à les oublier à cause d’autres dérives communautaires, existent toujours. Et qu’il ne faut pas fermer les yeux.

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