Andréel fait chanter Natacha Régnier

Le chanteur qui aimait les actrices

Après Lolita Chammah et Sibel Kekilli sur son précédent album, Andréel invite une autre actrice, Natacha Régnier à poser sa voix sur Une Femme épanouie, un des titres de son nouvel opus, Tu m’apprends. Ils nous ont raconté les dessous de leur collaboration.

Par Paul Rothé et Caroline Veunac

Temps de lecture 10 min

Natacha Régnier et Andréel

Interview

Actrices-chanteuses, une tradition à quatre temps

Depuis que le cinéma existe, les comédiennes ont chanté et les chanteuses ont joué la comédie. Retour sur quatre grandes catégories d’actrices chantantes.

Les divas hollywoodiennes

Hollywood dans les années 1950, c’est le royaume du glamour et des paillettes, avec comme première ambassadrice Marylin Monroe. Dans Certains l’aiment chaud (Billy Wilder, 1959), la plus illustre des stars de cinéma susurre I wanna be loved by you et démontre sa capacité à envoûter aussi facilement derrière un micro que devant une caméra. L’effet de sa voix est immédiat : le public tombe en pamoison. Trois ans plus tard, en 1962, Marylin entonne le happy birthday le plus sensuel de l’histoire à un Président Kennedy qui, troublé, déclare alors en souriant : « Je peux maintenant quitter la vie politique. » Autre icône de l’Âge d’or de l’époque, l’Allemande Marlène Dietrich, venue du music-hall, conquiert Hollywood avec sa voix envoutante et sa beauté androgyne dans L’Ange Bleu (Josef von Strenberg, 1930). Dans les années 1950, elle monte un spectacle de cabaret construit en deux volets : un premier destiné aux hommes, où elle porte une robe, un second à l’adresse des femmes, où elle arbore un frac noir et un haut de forme. Résultat : tout le monde est sous le charme. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, les reines du cinéma utilisent leur voix comme une arme de séduction massive.

Les icônes sixties

Dans les années 1960 déferle un vent de fraîcheur et de liberté : c’est le yéyé. Assoiffée de légèreté, la jeunesse revendique le droit de s’amuser. En Italie, c’est une Sophia Loren mutine qui entonne Zoo be Zoo dans le film d’Anthony Asquith Les Dessous de la millionnaire en 1960 tout rond (un titre qui, pour la petite histoire, fera l’objet d’une reprise fameuse dans la série Mad Men). Dans cette atmosphère de surprise partie géante, nombreuses sont les jeunes actrices qui poussent la chansonnette, de Marie Laforêt à Dani. C’est à la même époque que l’auteur-compositeur le plus talentueux de sa génération, un certain Serge Gainsbourg, inaugure une série de collaborations avec des actrices de premier plan. Jane Birkin et Je t’aime… moi non plus (1963), Brigitte Bardot et Harley Davidson en 1980 (plus tard, ce seront Deneuve et Adjani)… Leurs interprétations sexy des mots coquins de Gainsbourg font oublier la fragilité de leur tessiture. En posant leurs voix non professionnelles sur ses chansons à texte, elles inventent avec lui tout un pan de la variété française, qui fait primer la sensibilité sur la performance.

Les stars de comédies musicales

De Broadway à Hollywood, il n’y a qu’un pas, allégrement franchi par une famille d’actrices américaines formées aussi bien à l’acting qu’à la danse et au chant. Fille de la mythique star de la MGM Judy Garland, héroïne du Magicien d’Oz et reine des comédies musicales des années 40 (Le Chant du Missouri, Parade de Printemps…), Liza Minelli débute sa carrière sur les planches à l’âge de 16 ans avant de chanter sur grand écran, notamment dans Cabaret (Bob Fosse, 1972) et New York, New York (Martin Scorsese, 1977). Autres actrices à cheval entre théâtre et cinéma, Julie Andrews jouera Victor/Victoria à la fois devant un public et devant une caméra, tandis que Barbra Streisand, également issue de Broadway, continuera d’enchaîner toute sa vie les films, les disques et les shows musicaux. Championne de la polyvalence d’une certaine école américaine, elle fait partie des rares artistes à avoir remporté un Oscar de la meilleure actrice (pour Funny Girl, en 1969) et une première place au classement Billboard Hot 100 pour six de ses albums. Imbattable.

Les affranchies de la nouvelle génération

Les jeunes actrices d’aujourd’hui reprennent le flambeau, entre hommage à leurs aînées et émancipation. Pour une Scarlett Johansson, qui dit s’être inspirée de Bardot pour sa collaboration chantée avec Pete Yorn sur l’album Break Up, en 2006, elles sont de plus en plus nombreuses à s’affranchir du schéma muse-pygmalion en écrivant et/ou composant elles-mêmes. En 2011, Mélanie Laurent écrit ainsi les paroles des douze chansons de son premier album, En t’attendant, dont cinq sont co-signées et co-produites avec l’Irlandais Damien Rice, à armes égales. S’affranchissant quant à elle de l’héritage de son père, Charlotte Gainsbourg incarne l’actrice-chanteuse ambidextre : d’un côté elle remporte des prix d’interprétation pour ses prestations téméraires chez Lars Von Trier ; de l’autre, elle poursuit une carrière musicale de plus en plus affirmée, puisque depuis son album Rest en 2017, c’est elle qui écrit ses textes. De son côté, sa sœur Lou Doillon, après avoir cherché sa place au cinéma dans les films de son père Jacques, ou chez Abel Ferrara et Maïwenn, elle s’épanouit aujourd’hui principalement dans la chanson, et signe paroles et musique.

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