Les clips de l’été #3
Roméo Elvis, tout feu, tout lance-flammes

Dans son dernier clip, le rappeur belge se met en scène un lance-flammes à la main. Ou comment s’approprier un motif très en vogue dans la pop-culture. On fait le tour de la question.

Par Caroline Veunac & Quentin Moyon

Temps de lecture 5 min.

Chaud

Clip

Roméo Elvis – Chaud
Revenu des insomnies de Défoncé, le titre phare de son EP de confinement, Roméo Elvis a retrouvé la forme : dans le clip de Chaud, son nouveau single, réalisé par Romain Habousha, le voilà armé jusque aux dents. Son flow, calé sur les beats du compositeur VYNK, tire des punchlines au narcissisme parodique. Mais ce qui en impose le plus, c’est le lance-flammes que le rappeur dégaine pour souligner sa dangereuse mégalomanie. Lui qui dit avoir réussi à « apprivoiser le feu », il est visiblement prêt, du haut de sa célébrité, à l’utiliser pour tout faire cramer autour du lui. À commencer par le plateau de tournage, devant son équipe médusée.

Le choix des armes, on le sait, n’est jamais innocent, et celui du lance-flammes fait écho à des souvenirs cinématographiques récents et plus lointains. Le dernier en date ? Celui de Rick Dalton, l’acteur de seconde zone du Once Upon A Time de Tarantino, qui dégommait au lance-flammes, dans la piscine de sa villa hollywoodienne, une hippie diabolique de la Manson Family.

Si le feu a valeur de dernier recours contre l’intervention du Mal sous ses formes diverses, qu’il s’agisse de la créature d’Aliens ou de celle de The Thing de John Carpenter, il est aussi l’élément qui purifie. Dans le monde de Fahrenheit 451, où le savoir est censé corrompre les individus, les censeurs utilisent un lance-flammes pour brûler les livres. Associé à l’Apocalypse, dans l’incandescent Bellflower d’Evan Glodell ou dans Mad Max Fury Road, où figure une mémorable guitare cracheuse de feu, le lance-flammes permet de laver le monde de ses péchés.

Mais cette arme incendiaire n’est pas toujours parée d’une valeur biblique : dans Ema, le nouveau film de Pablo Larrain, attendu en salles en septembre, la jeune héroïne, rebelle aux schémas sociaux et familiaux traditionnels, l’utilise pour brûler le monde d’avant, comme on brûle des champs dans l’espoir de voir quelque chose de neuf y pousser. Plus basiquement, il est souvent synonyme de pétage de plomb (dans Projet X de Nima Nourizadeh, il participe à une fête qui tourne très mal), voire de grandiloquence nanardesque (dans la version 2012 du film d’horreur n’importe nawake Silent Night, un faux Père Noël en utilise un pour punir tous ceux qui n’ont pas été sages).

Conscient de ces références, Roméo Elvis et Romain Habousha mettent un peu de tout ça dans le clip de Chaud, qui compile le désir de faire table rase pour voir advenir un nouveau Moi (« Le feu, c’est un peu mon antidote »), l’ego-trip incontrôlable d’un chanteur à succès qui se prend soudain pour Dieu, et le délire du gamin qui a beaucoup regardé L’Arme Fatale et tripé sur l’accessoire lance-flammes de l’Aston Martin de James Bond. Heureusement pour nous, tout cela n’est pas à prendre au premier degré : à la fin du clip, la grosse tête inflammable de Roméo Elvis sera douchée par un bon seau d’eau froide.

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