Schmigadoon ! sur Apple TV+

Les drôles de chansons d’amour

Les amateurs de comédies musicales décalées ne feront qu’une bouchée de Schmigadoon !, une série chantée et dansée qui rend hommage aux histoires simples des films des années 50, avec une petite dose de cynisme pour relever le tout. Un plaisir tout sauf coupable.

Par Juliette Cordesse

16 juillet 2021
Temps de lecture 5 min

Schmigadoon !

Bande-Annonce

Cinco Paul s’amusait déjà comme un petit fou avec les codes du film d’animation dans ses scripts pour le studio Illumination, à commencer par celui de Moi, Moche et Méchant. Pour sa première série, créée pour Apple TV+, le brillant scénariste s’essaye à un nouveau détournement de genre : celui de la comédie musicale. Contrairement à son titre imprononçable – réappropriation rigolote de Brigadoon, le musical réalisé par Vincente Minnelli en 1947 –, le pitch de Schmigadoon ! est simple comme bonjour : un jeune couple en difficulté se retrouve coincé dans un petit village du nom de Schmigadoon, où tout le monde pousse sans arrêt la chansonnette, et ne pourra en sortir que s’il trouve le « véritable amour », le true love (dans Brigadoon, Gene Kelly et Cyd Charisse étaient également retenus dans un petit village mystique d’Écosse où la vie était douce et parfaite). Ce postulat basique permet à Cinco Paul de prendre toutes les libertés. Épaulé à la réalisation par Barry Sonnenfeld, qui en connaît un rayon en comédie fantaisiste (de Men in Black aux Aventures des Orphelins Baudelaire), il délivre une minisérie acide autant qu’enthousiasmante.

Il y a un fond de moquerie sous la plume incisive du scénariste, qui charrie gentiment ces films des années 50, un peu mièvres vus d’aujourd’hui, où les difficultés se réglaient à coup de claquettes et où quelques notes chantées suffisaient à unir les cœur. Mais ici la parodie est indissociable de l’hommage. Fort du principe que pour bien pasticher, il faut d’abord bien aimer, Cinco Paul se projette dans le personnage de Mélissa (Cecily Strong), elle-même amatrice du genre et heureuse d’être coincée là. La série trouve ainsi son équilibre dans une double intrigue – celle du couple, plutôt sérieuse, et celle, amusante, des villageois aux mœurs surannées. Les personnages modernes aident les autres à évoluer et inversement, et la déclaration d’amour à la naïveté des films d’antan n’empêche pas d’en moderniser les valeurs. Les couples d’aujourd’hui s’engueulent sans forcément compenser par des gazouillages au piano, les personnages féminins ont davantage de relief, et les histoires LGBT+ ont aussi droit à leurs chansons.

À l’instar de Galavant, excellente et drôlissime comédie musicale sérielle au temps des chevaliers, Schmigadoon ! ne sacrifie pas à la blague la qualité des numéros, qui malgré leurs sujets dérisoires sont spectaculaires et très bien chorégraphiés (même si les couplets sont chantés avec plus ou moins de justesse). On rit, mais finalement, on est aussi emporté. Avec son intrigue basique et son enthousiasme communicatif, Schmigadoon ! finit par ressembler vraiment aux comédies musicales qu’elle semblait vouloir parodier. Un spectacle sans prétention au cynisme parfaitement dosé, qui se binge-watche avec un goût d’Häagen-Dazs sur le palais. Que demander de plus un 26 juillet ?

Schmigadoon ! est disponible sur Apple TV+ à partir du 16 juillet

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