Hunters

La nouvelle série d’Amazon met Al Pacino à la tête d’une
bande de chasseurs de Nazis dans l’Amérique des années 70.
Verdict ? Très mitigé.

Par Caroline Veunac

Temps de lecture 5 min

Hunters

Bande Annonce

New York, 1977. Après le meurtre inexpliqué de sa grand-mère Ruth, Jonah (Logan Lerman) découvre qu’elle faisait partie d’une société secrète de chasseurs de Nazis, dirigée par un autre rescapé des camps de la mort du nom de Meyer Offerman (Al Pacino, pour la première fois dans une série). Doté d’un QI de compèt, le jeune homme assoiffé de vengeance intègre l’escadron clandestin sous le nom de scène « codebreaker ». Vous avez compris l’idée : Hunters, la nouvelle née de l’écurie Amazon, s’engouffre à la suite d’Inglourious Basterds dans le registre de l’uchronie de réparation, nous donnant la jouissance de voir les artisans de la solution finale payer pour leurs crimes dans un bain de sang.

Le pitch de la série conçue par David Weil, dont c’est la première création, rappelle aussi Ces garçons venus du Brésil, film réalisé en 1978 par Franklin J. Schaffner dans lequel un jeune Américain traquait Joseph Mengele. Mais c’est plutôt du côté du geste tarantinien et des films de super-héros que le jeune auteur va puiser son inspiration narrative et formelle, faite de violence stylisée, d’intrigue multiples, d’iconographie rétro-cool (et de nonne surarmée). Ou comment fantasmer une réalité alternative où Serge Klarsfeld serait à la tête de La Ligue des gentlemen extraordinaires.

Hannah Arendt, Donald Trump et moi
Dans ce registre où presque tout est permis (au cinéma, le récent Jojo Rabbit a bien fait de Hitler l’ami imaginaire de son petit héros), Hunters se trouve deux idées porteuses. La première, c’est de postuler que les Nazis, infiltrés aux États-Unis d’où ils espèrent fomenter le IVe Reich (sous la houlette d’une Lena Olin réfrigérante), sont devenus des Américains comme les autres. Illustrant via les artifices de la pop culture la question arendtienne de la banalité du mal, la série commente en passant la fascisation des esprits sous la présidence Trump. Jusque-là pourquoi pas. Autre parti-pris défendable : le choix de tricoter les intrigues bouclées et la matière feuilletonnante en consacrant chaque épisode au « Nazi de la semaine », comme on parlerait du « monster of the week ». Encore une manière astucieuse de fondre l’histoire réelle et l’histoire fantasmée pour assouvir dans la catharsis un besoin de vengeance primale.

Après commencent les problèmes. Le principal étant qu’il faut être sacrément doué, quand on fait du Tarantino, pour ne pas sombrer dans la tarantinade éhontée. Et force est de constater que David Weil et ses réalisateurs n’ont pas vraiment le niveau. Les faiblesses de rythme (mais pourquoi les épisodes sont-ils si longs ?!?) se cumulent à la pauvreté d’une mise en scène qui ne dépasse jamais le stade de la citation, mixant grossièrement des restes de Kill Bill à l’évocation typographique de la série de Fincher Mindhunter. Faute de personnalité forte, la série recycle à vide, et les prestations boursouflées de certains acteurs (dont le pourtant sympathique Josh Radnor, d’How I Met Your Mother) ne font qu’aggraver l’impression de regarder l’énième sous-produit d’une esthétique que Tarantino lui-même a mise eu régime dans ses derniers films.

une série Z drapée dans le luxe
d’une production bien financée

Z comme Nazi
Au-milieu de ce théâtre creux, roi en son royaume de cabots en quête d’auteur, Pacino pacinise à tout va, tout en râles empathiques et jeux de mains savants. C’est la seule star en présence et pourtant c’est sa prestation à lui, grotesque, génial et moumouté, qui confond la nature profonde de Hunters, celle d’une série Z drapée dans le luxe d’une production bien financée. À travers lui se révèle les contradictions d’un projet qui, à force de ne pas vouloir trancher entre la bouffonnerie gore et le drame mémoriel, fait d’impardonnables fautes de goût. Car si le dilemme justice/ vengeance expéditive est plutôt bien élaboré, Hunters devient limite quand elle s’autorise des flash-backs à Auschwitz ou Buchenwald. Fantasmer la liquidation de criminels nazis est une chose, réécrire les sévices perpétrés dans les camps de la mort en en inventant de nouveaux en est une autre. On ne fera pas l’offense à Claude Lanzmann de le convoquer post-mortem pour trancher un débat qui dans le cas présent n’en est pas un : ces scènes sont ineptes et insupportables à regarder.

  • Al Pacino

Voir aussi

EventsFilms
1 février 2021

Émile Brami (Louis-Ferdinand Céline et le cinéma)

Interview

Abel Gance, Roger Vadim, Jean-Luc Godard : tous ont rêvé d’adapter au cinéma Voyage au bout de la nuit, le chef-d’œuvre de Louis-Ferdinand Céline, publié en 1932. Et tous s’y…

Wild Indian, au festival de Sundance : https://festival.sundance.org/

Films
3 février 2021

Wild Indian au festival de Sundance

Critique

Présenté en avant-première au festival de Sundance, qui se déroule en ligne jusqu’au 3 février, le premier long-métrage de Lyle Mitchell Corbine Jr. expose avec froideur la violente construction identitaire…