Halston, sur Netflix

Ewan McGregor dans tous ses états

Junkie, pseudo Iggy Pop, Jedi, redneck… Il y a quelque chose de transformiste chez Ewan McGregor. Dans Halston, mini-série sur le créateur de mode Roy Halston Frowick, il confirme son goût pour le travestissement. On en profite pour revenir sur ses looks les plus savoureux.

Par Quentin Moyon et Caroline Veunac

Temps de lecture 10 min

Halston

Bande-annonce

Dans Halston, on ne voit que lui. Si la nouvelle série sortie de l’usine Ryan Murphy témoigne de l’essoufflement du Murphyverse, Ewan McGregor y est génial dans la peau – et les costumes seventies – de Roy Halston Frowick, icône de la mode disco et de la haute couture américaine. Mimiques, brushing, voix rauque sensuelle, garde-robe exubérante… Entre fragilité larmoyante et excentricité toxique, l’acteur écossais se livre à une étonnante métamorphose, dans laquelle le costume occupe une place de choix. Pas étonnant de la part de celui qui a toujours aimé changer d’apparence pour ses rôles, avec une gourmandise et un sens du queer assez flamboyants. La preuve par sept.

Trainspotting (Danny Boyle, 1996)

Teint verdâtre, dents jaunes, boule à zéro, silhouette efflanquée, jean skinny et tee-shirt trop petit… Impossible d’oublier la dégaine d’Ewan McGregor dans Trainspotting. La costumière du film, Rachael Fleming, s’est inspirée du punk pour dessiner sa silhouette. Et c’est ainsi que l’acteur, qui avait débuté trois ans plus tôt dans la série Lipstick On Your Collar, est entré dans notre paysage mental. Pour se mettre dans la peau (et les os) de Mark Benton, le chômeur héroïnomane du film de Danny Boyle, McGregor, alors âgé de 25 ans, perd 13 kilos grâce à un régime élaboré par l’équipe : pas de produits laitiers… et pas d’alcool. Dur.

The Pillow book (Peter Greenaway, 1996)

Sans chemise, sans pantalon : c’est ainsi qu’apparaît Ewan McGregor dans The Pillow Book, qui vient confirmer sa mise sur orbite quelques mois après Trainspotting. L’acteur, qui incarne Jérôme, un traducteur anglais nouant une relation textuelle et sexuelle avec une écrivaine japonaise, se prête généreusement à la scénographie érotico-littéraire imaginée par Peter Greenaway. Le réalisateur britannique filme longuement son sexe nu et projette des idéogrammes sur son corps, créant un costume de lumière et de signes très barthien, et du plus bel effet… Pas très pudique donc, McGregor se désapera dans d’autres films. Son commentaire ? « Je le fais pour que les femmes n’aient pas à le faire. C’est un truc féministe. »

Velvet Goldmine (Todd Haynes, 1998)

Et c’est reparti pour un strip-tease. Torse nu, et fute en cuir bientôt sur les chevilles… McGregor donne de sa personne pour recréer un double fictionnel d’Iggy Pop, croisé avec Lou Reed et Jim Morrison, la crinière blond décoloré en plus. La costumière du film, Sandy Powell, china pas mal de pièces aux puces pour reconstituer le monde bariolé et les codes androgynes du glam rock, et fut nommée aux Oscars pour son travail. Mais les fringues ne seraient pas grand-chose sans la perf électrisante de l’acteur dans la peau de Curt Wild, qui assure tant on stage que dans les scènes de studio, où il habite son petit pull noir moulant avec un déhanché parfait. Comble du succès : un an plus tard, Tom Ford et Anna Sui intégreront dans leurs collections des pièces inspirées du film, en lycra, cuir…  et velours bien sûr. Ewan McGregor, lui, retrouvera le sens du glam dans Moulin Rouge en 2001, mais cette fois, c’est Nicole Kidman qui aura les costumes les plus rutilants.

Star Wars, épisode I : La menace fantôme (Georges Lucas, 1999)

En reprenant le rôle d’Obi-Wan Kenobi dans la nouvelle trilogie Star Wars, antérieurement tenu par Sir Alec Guinness (dont McGregor, imitateur hors pair, tient parfaitement la diction), l’acteur se transforme progressivement en daron. Kimono confort, capuchon et bottes de cuir (le tout redesigné par Trisha Biggar) : une incarnation de la sagesse. Seul souvenir de sa jeunesse punk à chiens ? Une petite tresse à la nuque, qu’un fan très amoureux rachètera aux enchères pour plus de 3000 dollars… Cet appendice disparaîtra dans les épisodes suivants au profit d’une noble barbe à papa. Bientôt de retour dans la peau du personnage dans la série Obi-Wan Kenobi, actuellement en tournage, Ewan McGregor a laissé entendre que son costume y sera légèrement différent. On a hâte de voir ça.

Fargo saison 3 (Noah Hawley, 2017)

Après deux décennies plus sobres (émaillées de grands rôles sans fioriture, notamment dans Le Rêve de Cassandre et The Ghost Writer), la folie du costume reprend le dessus dans la saison 3 de Fargo, où Ewan McGregor joue non pas un, mais deux personnages au look impossible. Deux frères ennemis, Emmit et Ray Stussy, au fin fond du Minnesota (accent local compris). D’un côté un beau gosse à bouclettes, agent immobilier de son état ; de l’autre un agent de probation raté et ventripotent, affublé d’une calvitie, d’une coupe mulet et d’une cravate de cow-boy. C’est chargé, mais on marche. Le détail qui tue ? L’acteur a vraiment pris du poids pour incarner Ray, ce qui l’a obligé à porter des gaines amincissantes dans les scènes où il joue Emmit. Prêt à tout, on vous dit.

Birds of Prey (Cathy Yan, 2020)

Rien de tel qu’un grand vilain over-the-top pour satisfaire sa soif de travestissement. Dans Birds of Prey, le film D.C. Comics à la gloire d’Harley Quinn, Ewan McGregor campe Roman Sionis alias Black Mask, baron du mal et patron de night-club, décrit par son interprète comme « un narcissique absolu ». De fait, pour nous en mettre plein la vue, ce sadique très chic n’arrête pas de changer de tenue, et l’acteur s’amuse comme un petit fou. Blazer blanc à la smooth criminal, chemise à fleurs en soie fine, costume en velours vert et mocassins anglais, et bien sûr masque tête de mort… La costumière Erin Brenach est allée jusqu’à marquer tous ses vêtements d’une insigne personnalisée. « Nous avons même pris une photo d’Ewan et créé un motif à partir de sa tête pour le tissu de son pyjama. » Plutôt cool.

Halston (Sharr White et Ryan Murphy, 2020)

Des sourcils se sont levés en apprenant qu’Ewan McGregor, un acteur hétéro, avait été casté pour interpréter Roy Halston Frowick, un créateur de mode qui ne cachait pas son homosexualité et participa activement à l’expression de la culture queer. Cette responsabilité n’a pas été pris à la légère par l’acteur, qui s’est attaché à rendre justice à l’aura du personnage. La costumière de la mini-série Jeriana San Juan a reproduit à la couture près les plus célèbres pièces du styliste, connu notamment pour ses cols roulés noirs sous des vestes blanches ou des trenchs en vinyle et ses grosses lunettes fumées. Elle a aussi aidé McGregor à s’approprier les mimiques, la posture et la voix envoûtante de son modèle. Pour veiller à la crédibilité et au confort de tournage des scènes de sexe, l’acteur a enfin pu compter sur les conseil d’un coordinateur d’intimité. Résultat : l’acteur, bien encadré, s’est donné à fond. Et ce contre-emploi lui va comme un gant.

Halston est actuellement disponible sur Netflix

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