Gangs of London
Fifty Shades of Violence

Peaky Blinders avait donné le ton. Gangs of London pousse les curseurs. Dans la série de Gareth Evans, le crime organisé se livre une guerre sanglante dans un Londres contemporain, cosmopolite et gothamisé, où Shakespeare rencontre le jeu vidéo.

Par Perrine Quennesson

Temps de lecture 5 min

Gangs of London

Bande-Annonce

La filiation est toute faite entre Peaky Blinders et Gangs of London. Du crime organisé, de la violence, du pouvoir, et Joe Cole qui troque son costume de John Shelby pour celui d’un autre gangster, Sean Wallace. Mais la comparaison s’arrête là. Loin des années 1920 et de Birmingham, la série du réalisateur de The Raid Gareth Evans nous plonge dans un Londres actuel, gangréné par des clans internationaux désireux d’obtenir la plus grosse part d’une économie parallèle qui a pignon sur rue. Ce monde-miroir possède sa propre aristocratie, deux familles sœurs qui règnent en maître sur le royaume qu’elles ont bâti ensemble : les Wallace et les Dumani. Lorsque le parrain Finn Wallace est assassiné, l’heure est à la recherche des coupables et au rebattement des cartes. Les rues de Londres se teintent de rouge. Au milieu de ce Succession de la mafia débarque Elliott, en apparence un petit criminel opportuniste employé par les Wallace, dont le but secret est d’atteindre Sean, l’impulsif héritier de Finn.

Il y a aussi quelque chose de Game of Thrones dans Gangs of London. Un jeu d’alliances permanent, un nombre incalculable de personnages à assimiler et un charmant mélange des accents. La série fait de Londres un melting-pot, une terre promise où viennent s’échouer différentes nationalités. Mal accueillies, voire carrément rejetées, elles ne trouvent leur place au pays de la livre sterling qu’à travers le crime, à l’image des deux patriarches Wallace et Dumani, tous deux immigrés et soudés dans l’adversité. Et comme à Westeros, il y a la violence. Graphique, très graphique. L’ouverture donne le ton : un flashforward où l’on voit Sean Wallace mettre le feu à un indic suspendu dans le vide, qui ne lui donne pas satisfaction. Âmes sensibles s’abstenir. Cette férocité est au cœur de chaque épisode dans Gangs of London. Rien d’étonnant de la part de Gareth Evans, qui, dans The Raid, racontait l’ascension d’une troupe de policiers d’élite dans un immeuble aux mains de la mafia jakartienne sur le mode du jeu vidéo d’arts martiaux, avec à chaque étage un ennemi plus fort que le précédent, et un niveau supplémentaire de sauvagerie dans les combats. Le cinéaste réitère son geste dans sa série où la violence est omniprésente, ultra-stylisée, hyper-chorégraphiée, au plus près des corps qui souffrent, à la fois fascinante et rebutante. Mais pas gratuite.

« La violence est omniprésente, ultra-stylisée, hyper-chorégraphiée […] à la fois fascinante et rebutante »

Car il ne s’agit pas uniquement d’en mettre plein la vue, ou de jouer avec le gimmick de personnages qui avanceraient tels de petits Mario cherchant à atteindre leur Bowser à coups de tatane (ou autre, l’inventaire des sévices étant plutôt exhaustif). Non, cette violence-là agit comme un méta-langage. Celui de ce milieu polyglotte, où le rapport de force est une grammaire, et où tuer et être tuer sont des auxiliaires. La sauvagerie y devient synonyme de désarroi quand elle est pratiquée par un fils perdu, d’amour quand elle est celle d’un père aux abois, ou encore d’affirmation pour une femme trop souvent négligée. Tout au long des neufs épisodes qui composent Gangs of London, la brutalité s’avère protéiforme, autant physique que psychologique, humaine que hiérarchique. Elle agit comme un révélateur de l’essence de chacun de ces personnages, ceux qui la perpètrent, ceux qui la subissent, ou pire encore, ceux qui l’ordonnent. Elle est un moyen autant qu’une définition. Dans cette réflexion sur la violence, où sont en jeu la famille, le pouvoir et l’ambition, la série confine au shakespearien. Et finit par évoquer une suite contemporaine de Richard III ou Macbeth.

Gangs of London, à partir du 15 novembre sur Starzplay.

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