Uncut Gems – Empire State of mind

Nouveaux rois du thriller new-yorkais, les frères Safdie nous plongent
au cœur du quartier des diamantaires de New York sur les traces
d’un Adam Sandler survolté.

Par Olivier Tellier

Temps de lecture 5 min

Uncut Gems

Bande Annonce

Amour fou à New York, la traduction du titre du deuxième film des frères Safdie résume assez bien le programme de ces héritiers de Scorsese et Ferrara. Après ce Mad love in New York  centré sur une relation amoureuse aussi toxique que ce que les personnages s’injectaient, dans Good Time nous suivions à la trace un braqueur qui tombait de Charybde en Scylla, de ruelles en impasses. On retrouve dans Uncut Gems une volonté encore plus ferme d’accompagner au plus près un personnage en pleine perdition, dans une mise en scène brute et brillante à la fois, qui magnifie la ville autant qu’elle en révèle les pièges.

Pourtant le film commence bien loin de la Côte Est des États-Unis. Dans une mine en Éthiopie, deux ouvriers découvrent une roche incrustée d’opale noire aux reflets iridescents dans laquelle la caméra nous plonge. L’occasion d’un court voyage de l’échelle microscopique et minérale à celle du cosmos, qui se métamorphose en conduits organiques et visqueux. Bienvenue dans la coloscopie d’Howard (Adam Sandler), patron d’une boutique dans le diamond district de New York. Une entrée en matière viscérale (au sens propre) dans le personnage.

Pendant 10 ans les deux frères ont arpenté
le Diamond District avec l’idée d’y faire ce film

Sandler & cie
Adam Sandler, comique juif passé par le Saturday Night Live (institution éminemment new-yorkaise), les pantalonnades à succès (Rien que pour vos cheveux, Le Mytho…), et des films d’auteurs respectés (Paul Thomas Anderson, Judd Apatow, Noah Baumbach…) est abonné depuis quelques années à Netflix. Il incarne une certaine idée de la ville, et Benny et Josh Safdie le convoitaient depuis le début de leur carrière. Ils avaient décelé son potentiel dramatique qu’il illustre avec ce personnage toxique et addict (aux jeux). Et ils l’utilisent pour esquisser une réflexion sur la croyance dans une société où règne la cupidité ; celle que l’on porte en l’avenir (l’espoir) comme celle que l’on place dans un objet (la superstition).
Howard tient grâce à l’action permanente, lorsqu’il règle un problème, il s’en crée deux autres. Sans répit ! Il y a chez lui une force supérieure qui le pousse à agir de la sorte. Un espoir invincible face aux menaces de ceux à qui il doit de l’argent, comme face aux piques de la femme avec laquelle il est en pleine procédure de divorce (elle est campée par la formidable Idina Menzel plus connue comme la voix de La Reine des neiges en anglais). Éternel optimiste, Howard, sans cesse en quête d’argent immédiatement investi dans des paris insensés, nous entraine sur des montagnes russes d’adrénaline. L’opale n’étant qu’un McGuffin (un prétexte) à ce scénario jouissif.

Final Uncut
Les frères Safdie s’amusent donc à jouer avec les nerfs de leur personnage comme avec les nôtres. Sur un fil, le film est en équilibre permanent entre le comique et le tragique. Adam Sandler ne cesse de balancer entre sa verve intarissable et son allure un peu niaise. Portant chaque situation à bout de bras, il parvient à rendre sympathique son personnage d’anti-héros pathétique grâce à son don pour l’improvisation.
La richesse du film repose également sur la profusion des personnages secondaires. Maitresse amoureuse, prêteurs sur gage avides, star du basket fascinée par la pierre (Kevin Garnett dans son propre rôle comme le chanteur the Weeknd)… Le film pullule de portraits et d’histoires qui nourrissent le récit comme autant d’opales qui s’incrustent dans une roche. Pendant 10 ans les deux frères ont arpenté le Diamond District avec l’idée d’y faire ce film inspiré également des anecdotes racontées par leur père qui y travaillait.
Le montage intense, l’accumulation de plans, le filmage au téléobjectif des personnages au milieu des vrais passants, parviennent à faire ressentir l’esprit de ce quartier atypique. Et il n’est pas étonnant de retrouver derrière la caméra le talentueux chef opérateur franco-iranien, Darius Khondji (Se7en, Okja…). On pense au riche héritage de Robert Altman, Sidney Lumet ou Martin Scorsese, on y revient !

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