Tolkien – Ligue du LOL ?

À l’occasion de la sortie de Tolkien de Dome Karukoski,
qui met en lumière le cercle d’amitié de l’auteur du Seigneur des Anneaux,
décryptage de la culture des boys’ clubs au cinéma.

Par Garance Lunven

Temps de lecture 5 min.

Tolkien

Bande Annonce

Qui ne prend pas un plaisir coupable à regarder des gosses de riches se vautrer dans les plaisirs du vice en se plaignant du bas peuple ? Bien que le long-métrage de Dome Karukoski soit un biopic bien monotone de l’auteur de génie du Seigneur des Anneaux, l’angle choisi par le réalisateur finlandais est original. Le film s’attache à la franche camaraderie qui unit Tolkien et ses amis sur fond d’ambiance universitaire britannique. Ensemble, ils forment le TCBS (Tea Club, Barrovian Society) et gonflent leur ego respectif à coups de grands laïus sur la poésie, la musique et la littérature. Jusque-là, rien de bien dérangeant, si ce n’est que l’intervention d’une femme dans ce club rebat les cartes de leurs joutes intellectuelles. Car les membres du TCBS traitent Edith (interprétée par Lilly Collins), en femme du monde ignorante et restent pantois lorsque celle-ci exprime sa passion pour les opéras de Wagner. On en retient la règle d’or de tout boys’ club qui se respecte : sous-estimer les capacités intellectuelles du genre féminin.


1 . The Riot Club (2014)
Ce long-métrage réalisé par Lone Scherfig (Italian for Beginners, Un jour) tire un portrait au vitriol des fils à papa qui étudient dans de prestigieuses universités britanniques, davantage pour entretenir un héritage familial et un capital financier que pour leur palmarès scolaire. À Oxford, ces derniers ont formé un club d’élite fictif appelé le Riot Club. Inspiré du réel Bullingdon club, ses membres sont tristement reconnus pour leurs comportements destructeurs. Entre orgies, cocaïne, et champagne, ce groupe est si exclusif qu’il faut passer des épreuves avant d’y entrer. La contrepartie ? Une fois qu’on a intégré l’escadron, on peut ouvertement mépriser les roturiers et agresser les étudiantes. En somme, le film dépeint une phallocratie presque trop fantasmée qu’on se plaît à détester.


2 . Le Loup de Wall Street (2014)
C’est un peu la même histoire du côté du film de Scorsese, mais en version traders US et bourse dans les années 80. En plus du traditionnel cocktail drogues/ sexe/ alcool, l’équipe de Jordan Belfort (interprété par Leonardo DiCaprio) monte l’arnaque du siècle. Malgré un sens de l’éthique plus que douteux, Jordan se soucie de son équipe de mâles alpha… tant qu’elle lui rapporte des liasses de billets. Outre cette dimension critique vis-à-vis du personnage principal et de la finance qui se transforme en cour de récréation, on ne peut s’empêcher de noter le regard complaisant de Scorsese face à la débauche de ce boys’ club. Car peut-on voir autre chose qu’un fantasme pré-pubère dans la scène où Jordan se fait un rail de coke sur le fessier galbé d’une call-girl ?


3 . Le Cercle des poètes disparus (1989)
Sur un ton bien plus candide, Le Cercle des poètes disparus réalisé par Peter Weir présente un casting masculin entièrement blanc. Bien que ce qui résonne à priori soit le message de libre pensée reflété par le refrain « O Captain ! My Captain ! », il ne remplit guère les critères du test de Bechdel… Outre ce problème de sous-représentation féminine, qui se comprend dans un système éducatif qui était à l’époque non-mixte, le boys’ club qui réunit les élèves de l’académie de Welton donne lieu à de véritables clichés propres à la masculinité toxique. La poésie est un outil pour « courtiser » les femmes, lesquelles ne sont que de vagues muses interchangeables. D’ailleurs, lors d’une réunion secrète, l’un des garçons propose d’intégrer les femmes à l’académie. Non pas pour leur permettre l’égalité des chances, mais plutôt pour permettre aux jeunes hommes d’obtenir une gratification sexuelle…


4 . 
Orange Mécanique (1971)
Dans ce chef-d’œuvre incontesté de Stanley Kubrick, un coup d’œil suffit à saisir l’ultra-violence esthétisée des Droogs. Cette bande de voyous est animée par une obsession maladive pour le viol, comme le démontre la scène graphique chez l’écrivain F. Alexander, dont la femme est sexuellement agressée. Plusieurs faits divers ont d’ailleurs entretenu la polémique autour de ce film, puisque certains gangs se sont livrés à des actes violents après avoir récité des répliques d’Orange Mécanique. Même si le propos du film de Kubrick est avant tout de dénoncer la violence de ces personnages comme celle de l’État, il pose néanmoins la question : les boys’ club dans les films sont-ils le simple reflet de la réalité ou bien la perpétuation d’une culture du viol ancrée dans le cinéma ?

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