The Amusement Park de George A. Romero

Défaite foraine

Un nouveau film de George A. Romero ? The Amusement Park, cuvée 1973 et resté inédit, sort en salles cette semaine. Ici pas de morts-vivants, mais une satire bien saignante sur fond de fête foraine. L’occasion d’une sélection de films qui ont utilisé ce décor coloré et grimaçant pour tirer à boulets rouges sur la société. 

Par Paul Rothé

Temps de lecture 10 min

The Amusement Park

Bande-annonce

The Amusement Park (George A. Romero, 1973/2021)

Décédé il y a quatre ans, George A. Romero sort un nouveau film ce mercredi. Le réalisateur de La Nuit des Morts-Vivants serait-il devenu un des zombies qu’il aimait tant ? Rien de tel. Juste un moyen-métrage tourné en 1973, The Amusement Park, resté dans les placards, et retrouvé en 2018 par son épouse Suzanne Desrochers-Romero, qui nous arrive donc avec cinquante ans de retard. Pendant un peu moins d’une heure, on y voit un septuagénaire, Lincoln Maazel, déambuler dans une fête foraine cauchemardesque, où il n’a de cesse d’être arnaqué et molesté. Dans ce parc bruyant et hostile, l’homme fait figure de jouet malmené. Son costume blanc immaculé finit par devenir terne, son visage d’abord souriant complétement livide… Et quand enfin on l’accueille à bras ouverts dans une attraction, c’est en fait un affreux hospice qui se cache derrière la porte d’entrée. À l’origine, The Amusement Park fut commandé par la communauté religieuse luthérienne de Pittsburg pour sensibiliser le grand public au problème de la maltraitance des personnes âgées aux États-Unis. Romero n’a pas pu s’empêcher d’en faire, outre une critique de l’âgisme, un portrait au vitriol de la société américaine, capitaliste et individualiste. La fête foraine est un terrain tout trouvé pour son propos corrosif : les manèges ne sont accessibles qu’à partir d’un certain niveau de revenus, un riche blanc se goinfre au restaurant devant des mendiants noirs… Le film sera finalement jugé trop violent, trop politique, et ne répondant pas à certaines attentes – notamment celle d’apporter un message positif et de proposer des solutions. Même cinquante ans plus tard, il fait l’effet d’une grenade dégoupillée.

O Dreamland (Lindsay Anderson, 1953)

Dans ce court-métrage de seize minutes, le Britannique Lindsay Anderson s’intéresse au parc de Dreamland, situé dans le sud-est de l’Angleterre. Un pur morceau de Free Cinema, où rien n’échappe à l’œil du réalisateur, qui a visiblement pour projet de dynamiter ce que Guy Debord appellera dix ans plus tard la société du spectacle. Mines inquiètes des spectateurs observant des automates reconstituer des scènes de torture ; pieds foulant un sol jonché de déchets ; ou encore animaux en cage, regardés par un public ne se rendant pas compte qu’il ne fait qu’observer son propre reflet… Lindsay Anderson filme chaque détail comme un argument de plus dans son pamphlet contre la consommation abusive et l’aliénation sociale. Le réalisateur est sans ambiguïté, et pourtant il n’en fait jamais trop. Refusant de céder à la facilité d’une voix off, il s’appuie, pour faire passer son message, sur un très beau travail sonore. Le rire angoissant d’une des marionnettes robotisées revient régulièrement sur la bande-son, et lorsque résonne le slogan du parc – « C’est l’Histoire, vos enfants vont adorer » -, c’est en décalage complet avec les visages des dits bambins. Comme dans The Amusement Park, la foire devient une image réduite de la société. Et ce qui s’y déroule n’a en réalité rien d’une fête.

Zombillénium (Arthur de Pins et Alexis Ducord, 2017)

Certes plus familial que les deux films précédents, ce long-métrage d’animation présenté au Festival de Cannes en 2017 n’en est pas moins une satire du monde de l’entreprise. Et les motifs du film ne sont pas si éloignés de l’univers de George A. Romero, puisqu’on y découvre un parc d’attractions où travaillent des zombies, anciens mineurs de fond emportés par un coup de grisou. Quant au propriétaire des lieux, grand capitaliste avide de bénéfices, il n’est autre que le diable. Divers monstres cohabitent dans cet étrange endroit marqué par les inégalités : tout en haut de l’échelle sociale, les vampires toisent les zombies tout en bas, certains travaillant même comme esclaves dans les sous-sols du parc. Mais face au management autoritaire du nouveau vampire en chef, un squelette syndicaliste lance un grand mouvement de grève. « Ni diable, ni maître » : ou comment faire la lutte des classes entre deux tours de manège.

The Amusement Park est actuellement en salle

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