Queen & Slim

Le premier film de Mélina Matsoukas, clipeuse star de Rihanna,
Beyoncé ou Lady Gaga, est un road-movie réjouissant qui conjugue
avec brio un discours engagé et l’efficacité de son travail pour la musique.
L’avènement d’une cinéaste ?

Par Marine Bohin

Temps de lecture 5 min

Queen & Slim

Bande Annonce

C’est un date Tinder qui tourne mal entre deux jeunes afro-américains de l’Ohio : sur le chemin du retour, ils abattent un policier blanc qui les menaçaient de son arme. Et prennent la fuite. Mais l’incident a été filmé, les médias s’emparent de l’histoire et c’est bientôt toute la communauté noire du pays qui s’embrase, les nerfs à vif de trop d’injustices. Dans leur cavale, les fugitifs vont devenir des amants, puis des symboles.

Du clip au long-métrage
Avant Queen & Slim, la réalisatrice Mélina Matsoukas a longtemps régné sur l’univers du clip mainstream. On lui doit des vidéos remarquées de Rihanna (« S&M », « We Found Love »…) ou Beyoncé (« Formation ») ou Solange (« Losing You »). Passer au long-métrage représentait donc un défi de taille qu’elle relève haut la main : en s’adjoignant les talents de la scénariste primée Lena Waithe (Dear White People, Ready Player One…), la réalisatrice réussit en tous points une première œuvre incandescente. Forcément classieuse, la bande-son convoque Lauryn Hill ou Blood Orange, sans transformer pour autant le film en un long clip vide de sens : aucune indigence scénaristique ou formelle à masquer ici, elle souligne les changements de ton du film, qui passe audacieusement du drame social au thriller, de la romance au road-movie, emporté par d’excellents comédiens – Daniel Kaluuya (Get Out) et la nouvelle venue Jordi Turner Smith.

Queen & Slim a l’élégance de ne jamais
tomber dans la bien-pensance

Un parfum de révolte
Et si la réalisatrice apporte à ses plans un soin méticuleux – on retiendra notamment un montage alterné intense entre étreinte et émeute – c’est pour mieux faire transparaître en filigrane de la romance un discours politique plus que légitime.
Avec talent. Là où le récent The Hate You Give – qui traitait aussi des violences policières – s’embourbait dans la démagogie, Queen& Slim a l’élégance de ne jamais tomber dans la bien-pensance. Et si le 7ème art a souvent fantasmé les cavales entre amants, que ce soit dans La balade sauvage de Terrence Malik ou Bonnie and Clyde de Arthur Penn… C’est d’avantage du côté du mythique Thelma et Louise que lorgne Queen & Slim, avec sa Cadillac flashy lancée à tout allure vers un drame certain et sa plongée dans une Amérique raciste fascinée par les Glock. Acuité du discours, maitrise de la mise en scène : Mélina Matsoukas signe un premier film au parfum de révolte, aussi romanesque qu’enragé.

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