Possessor, au Festival de Gérardmer

Cronenberg 2.0

Avec Possessor, en compétition au Festival international du film fantastique de Gérardmer, le « fils de » Brandon Cronenberg coupe le cordon. Une œuvre haletante de bout en bout, qui marque l’éclosion d’un cinéaste.

Par Paul Rothé

Temps de lecture 5 min

Possessor

Bande-Annonce

Il y a des patronymes moins faciles à porter que d’autres. Cronenberg est l’un d’entre eux. Dans son premier long-métrage, Antiviral, sorti en 2012, Brandon avait livré une mauvaise parodie du cinéma de son père, David. Un scénario mal ficelé et une direction d’acteurs ratée avaient accouché d’un film guère convaincant. Possessor confirme que Cronenberg fils a bien été biberonné aux films de son père, Scanners, Videodrome et La Mouche. Un : la société dépeinte est dystopique et ultra technologique. Deux : la chair est une matière qu’on utilise et qu’on maltraite. Trois : les personnages principaux sont en proie à de sérieux troubles psychiques. Impossible de ne pas voir la filiation. Néanmoins, et contrairement à Antiviral, Brandon Cronenberg ne se limite pas cette fois à une pâle imitation du cinéma paternel. S’il part d’un même thème, tel un compositeur, il en propose plutôt une variation.

Tasya Vos (parfaite Andrea Riseborough) travaille pour une société de tueurs à gage. À la manière de Jake Gyllenhaal dans Source Code, cette orfèvre du crime prend le contrôle de corps qui lui sont étrangers, et accomplit ses missions à travers eux. Ce n’est qu’une fois les « hôtes » morts que Tasya peut revenir à elle. Rapidement, on comprend que ses crimes ont un coût. Ils l’épuisent nerveusement, et elle doit faire face à des flash-backs ensanglantés de plus en plus récurrents. On pense alors à ces pilotes de drones de l’armée américaine, dont on sait aujourd’hui qu’ils sont en état de stress post-traumatique (comme le détaille par exemple cette étude récente, disponible en cliquant ici). La frontière entre virtuel et réel est brouillée, et Possessor traite de cette démarcation qui s’amenuise dangereusement. Dans Théorie du drone, Grégoire Chamayou parle d’une « virtualisation de la conscience de l’homicide » chez ces soldats d’un genre nouveau. À l’œuvre chez Tasya, ce processus explique la manière de plus en plus brutale avec laquelle elle exécute ses cibles.

« c’est au confluant du cinéma de son père et de celui de Tarantino que Brandon Cronenberg trouve sa place »

Et le sang coule, dans un style très tarantinien. La scène d’ouverture met d’ailleurs en scène un assassinat perpétré au couteau par une femme en jogging, à la manière de Beatrix Kiddo dans Kill Bill. La référence au réalisateur américain est palpable, jusqu’à ce générique jaune et noir, couleurs caractéristiques des deux films iconiques de Quentin Tarantino. Andrea Riseborough, blonde au physique élancé et au regard troublant, rappelle par ailleurs la Uma Thurman vengeresse des années 2000. Les effusions de sang se multiplient, forment des torrents, et c’est au confluant du cinéma de son père et de celui de Tarantino que Brandon Cronenberg trouve sa place.

Le réalisateur ménage le suspense et garde le spectateur sous pression, bien aidé par une performance XXL de Christopher Abbott. Interprétant Colin, l’acteur découvert il y a quelques années dans la série Girls est le prochain « hôte », celui dont Tasya veut prendre le contrôle … La mission lui échappera partiellement. S’en suit une sorte de schizophrénie, où Tasya et Colin cohabitent dans le même corps, chacun d’eux cherchant à supprimer l’autre afin de pouvoir revenir seul en lui. Drôle de songe, où chaque réveil s’accompagne d’un mort bien réel.

Possessor, en compétition au Festival de Gérardmer. Accès sur la plateforme du festival : https://online.festival-gerardmer.com/

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