Para One, réalisateur de Spectre : Sanity, Madness & The Family

« J’aime l’idée d’un film qui en cache un autre. »

On le connait surtout comme musicien, moins comme réalisateur. Dans son premier long-métrage, Spectre : Sanity, Madness & The Family, Para One compose un voyage temporel, visuel et sonore, dans le passé de sa famille. Sous l’influence revendiquée de Chris Marker, son maître à filmer.

Interview : Jacques Braunstein

19 octobre 2021

Temps de lecture 5 min

Compositeur attitré de Céline Sciamma depuis Naissance des pieuvres, et DJ reconnu dans le milieu du rap et de l’électro (TTC, Klub des Loosers…), Jean-Baptiste de Laubier alias Para One est aussi diplômé de la Fémis et déjà réalisateur de trois courts-métrages. Son premier long, Spectre : Sanity, Madness & The Family, confirme la singularité de son travail. Avec cet objet filmique étonnant et hypnotique, entre documentaire, autofiction et carnet de voyage musical, le musicien de 42 ans marche dans les pas de Chris Marker. Le mystérieux et mythique auteur de La Jetée, chef-d’œuvre expérimental révéré par la cinéphilie mondiale – jusqu’à Hollywood, où Terry Gilliam s’en inspira à la fin des années 90 pour L’Armée des douze singes – a influencé beaucoup de monde. Mais Para One est un cas à part : en 1999, il déposa ses courts-métrages d’étudiant sur le perron du documentariste le plus marquant de la Nouvelle Vague, qui lui répondit quelques années plus tard, et les deux hommes entamèrent une correspondance. Para One nous raconte cette amitié créative et la manière dont elle a nourri l’écriture de Spectre : Sanity, Madness & The Family.

 

« Chris Marker est à l’origine de mon envie de faire des films. C’est en voyant Sans Soleil (1983) que je me suis dit : “Ah d’accord, c’est possible de faire ça…” C’est un peu comme s’il avait voulu faire un film sur un martien qui débarque sur terre. Dans ce film, il y a beaucoup de triche. De la triche, mais pas des mensonges, plutôt des jeux, avec pas mal d’humour. Il se met en abîme en permanence. Il passe par la parole des autres, quitte à la travestir pour que ces autres deviennent ses alter-ego cachés. Il s’écrit des lettres à lui-même. Il confie quelque chose à un artiste, mais c’est lui sous un autre nom. Il compose la musique sous un patronyme différent. Il fait croire qu’il est toute une équipe. Chris Marker ne parlait jamais d’écriture, mais de composition et de montage. Il montait d’ailleurs lui-même. Cette idée de films-essais, ce chemin solitaire qu’il a pris, n’a été suivi par personne. Ça s’est un peu perdu dans les limbes. Mais ça m’a beaucoup inspiré. »

 

 

« Les citations ne me dérangent pas à condition qu’elles soient assumées. Je cite Chris Marker dans mon film, comme lui mettait ses animaux préférés dans les siens. Moi aussi j’ai des marottes, des totems, que je place par-ci par-là, comme Akira ou Ghost In the Shell. J’aime l’idée d’un film qui en cache un autre. Quand par sérendipité tu découvres un autre sujet que celui sur lequel tu travaillais. Dans Sans Soleil, Chris Marker fait dire a un de ses personnages que l’électronique est le seule médium capable de totalement satisfaire à la transcription d’une émotion. C’est radical et extrémiste comme posture, mais je me reconnais dans ce genre de phrase. »

Spectre, Sanity, Madness & The Family, en salle le 20 octobre

Voir aussi

Disponible sur Mubi

Films
6 avril 2021

The Fountain, quinze ans après

Critique

Somewhere Else et Dulac Cinémas unissent leur force pour vous proposer une sélection hebdomadaire de films, accompagnés d’animations pour nourrir votre projection. Cette semaine, retour sur The Fountain de Darren…

Disponible sur Netflix

Films
14 mai 2021

La Femme à la fenêtre

Critique

Joe Wright donne un certain charisme à la version filmée de La Femme à la fenêtre, le best-seller roué mais pachydermique d’A.J. Finn. À partir d’un scénario réchauffé, le talentueux…