Mandy, disponible sur Netflix

Mandy : film culte ou nanar ?

Mandy, revenge movie ultra-violent avec Nicolas Cage et une tronçonneuse, débarque sur Netflix précédé d’une réputation sulfureuse. L’occasion idéale de s’écharper autour du film.

Par Juliette Cordesse et Paul Rothé

Temps de lecture 5 min

Mandy

Bande-Annonce

Petite sensation Z du Festival de Cannes 2018, où il était présenté à la Quinzaine des réalisateurs, Mandy, revenge movie outrancier signé Panos Cosmatos (qui avait commis un premier long-métrage expérimental, Beyond the Black Rainbow, en 2010), se traîne depuis une hype à double tranchant, émulsionnée par la présence au générique de Nicolas « Nic » Cage, devenu en 15 ans le roi du cinéma bis dégénéré. L’acteur loco interprète ici Red, un type qui se lance dans une épopée sanglante pour venger le meurtre sauvage de sa chère et tendre Mandy (Andrea Riseborough), brûlée vive par une secte de bikers religieux (bienvenue en Amérique).  Alors que le film arrive sur Netflix, il est encore temps de se poser la question : film culte ou triste nanar ?

Mandy, film culte

Par Juliette Cordesse

Starless de King Crimson en fond sonore, des lettres écarlates sur l’écran, et Nicolas Cage en bûcheron : Mandy parvient à devenir culte en quelques secondes. D’abord lancinant puis sanglant, le film ressemble à un long trip, good puis very bad.  Dans un premier temps, Red Miller et Mandy Bloom vivent d’amour et d’eau fraîche au milieu de la forêt, et le film nous emmitoufle dans une atmosphère onirique. Nicolas Cage, étonnamment calme, est quasi absent de l’image, laissant s’épanouir dans le cadre le personnage mystique incarné par Andrea Riseborough. Mais ce n’est qu’au bout d’une heure et quart, quand le titre s’affiche enfin, que le vrai film commence, son film à lui. Le célèbre cabot est de retour, et le rêve tourne au cauchemar : pendant les 45 minutes restantes, parti en roue libre, il massacre aveuglément les bourreaux de sa femme en hurlant des punchlines d’anthologie (« YOU RIPPED MY SHIRT »).

Ça, c’est le film que tout le monde attend, et il ne déçoit pas. Panos Cosmatos pioche des références çà et là dans toute la pop culture, un peu d’Evil Dead 3, de Massacre à la tronçonneuse, de Nicolas Winding Refn ou de vieux films de la Hammer, pour cuisiner un énorme soufflé gonflé par un Nic Cage déchaîné. L’hémoglobine coule à flot, la cocaïne neige, les lumières sont stroboscopiques… Une surenchère assumée par un réalisateur excessif, qui se prend au sérieux mais pas trop, et oscille entre l’horreur macabre et l’humour noir complice.

Il ne faudrait pas cependant oublier la première heure du film, celle qui surfe plutôt sur une étrangeté lynchienne, avec sa Mandy/Laura Palmer promise à la mort. Il est là, le vrai film de Panos Cosmatos. Lorsqu’il rentre du travail, Red allume la radio, et Ronald Reagan prône le retour aux valeurs familiales. Le film se situerait donc au début des années 80, et pourtant son esthétique est celle de la fin du monde. Nicolas Cage grognant en slip est un leurre, maîtrisé par le cinéaste, qui veut en fait nous parler de la chute des États-Unis, d’une décennie qui a subi un retour en arrière qui n’a jamais été rattrapé. La secte religieuse cristallise le détournement de l’idéal hippie, extorqué par l’extrême-droite, et le meurtre de Mandy  –  au début du film, elle retrouve un agneau tué, symbole biblique de pureté sacrifiée  –  marque la fin de l’innocence. Le film de Panos Cosmatos se déguise en nanar pour piéger le spectateur avec une simple question : pourquoi ne pouvions-nous pas nous contenter de l’absence de violence ?

Mandy, triste nanar

Par Paul Rothé

Qu’est-ce donc que Mandy, si ce n’est un énième revenge movie ? Un genre dont les ficelles sont si épaisses – invariablement, une victime élimine un à un et inéluctablement ses bourreaux – que nombre de réalisateurs s’y prennent les pieds. De là à dire que le revenge movie est un nanar par essence, il n’y a qu’un pas que nous ne franchirons pas : on invoque L’Ange de la vengeance, Kill Bill, ou encore Dogman comme preuves de notre bonne foi… Mais soyons réalistes, les quelques chefs-d’œuvre du genre sont les arbres qui cachent une forêt de très mauvais films. Merci à Mandy de nous servir d’exemple.

Des bikers satanistes, une quête vengeresse, des combats répétitifs durant lesquels de gros méchants rient à gorge déployée avant de se faire découper à la tronçonneuse : le menu que nous propose Panos Cosmatos est aussi rudimentaire que celui d’un diner bas de gamme, et l’esthétique psychédélique plutôt réussie du film ne suffit pas à masquer sa saveur rance. En guise de cerise confite sur le pancake décongelé : Nicolas Cage en mode série Z, hurlant dans la salle de bain, bouteille de vodka à la main, au-delà du surjeu. Oui, on sait, au second degré, il est hilarant et génial, et depuis que sa carrière jadis prometteuse a sombré dans les eaux troubles du direct to DVD, il est de bon ton de le trouver encore plus cool. N’empêche que sa trajectoire fait quand même songer à la croisière la plus tragique du septième art, Titanic. Et que pour une collaboration avec un vrai génie de la marge comme le Japonais Sono Sion, dont on attend avec curiosité le prochain film, Prisoners of the Ghostland, avec Cage en tête d’affiche, il collectionne surtout des films indigents.

Dans Mandy, on se demande si Panos Cosmatos avait un projet autre que celui de mettre en scène l’acteur naufragé et d’exploiter l’engouement d’une frange des cinéphiles pour sa déréliction. On peut quand même s’interroger sur cette hype, et y voir une forme d’escroquerie, voir de sadisme bien-pensant. Quand Liam Neeson dans Taken ou Keanu Reeves dans John Wick se réinventent en héros de franchises « revenge », ils le font sous la protection de grosses machines hollywoodiennes grand public et lucratives. Libre à chacun de trouver ça nul, marrant, ou les deux à la fois. Mais quand Mandy est sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs, c’est un navet qui est porté au pinacle cinéphile, avec la prise de risque d’un funambule accroché à dix mètres du sol, qu’on regarde se crasher en rigolant. Pas si cool.

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