It Must Be Heaven – Tout change, rien ne change

Les Lettres Persanes de Montesquieu à la sauce Keaton, le quatrième long métrage de Elia Suleiman a reçu la mention spéciale du Jury au dernier Festival de Cannes.

Par Tess Volet et Quentin Moyon

Temps de lecture 5 min.

It Must Be Heaven

Bande-Annonce

Elia Suleiman, personnage principal de ce conte, tente de fuir la Palestine et ses contradictions à la recherche d’une terre d’accueil. Paris, New York… Une fuite en avant vaine, puisque l’absurdité du monde semble le suivre comme son ombre. Une quête d’un chez-soi le forçant à une réflexion sur sa propre identité, appartenance ou encore patrie. Elia Suleiman propose un double discours constant. D’abord dans la navigation permanente entre les codes du cinéma ancien, et notamment du slapstick dont Buster Keaton était le maître, en décalage avec les enjeux de notre société actuelle. Et ensuite au travers d’un humour fantasque qui nous pousse à réfléchir aux thématiques principales de son film que sont l’identité et l’appartenance. Mais à deux échelles. Personnelle d’abord, tant le film est à l’image de son réalisateur et de ses questionnements philosophiques. Universelle ensuite avec la crise des migrants et la multiplication des expatriations. Le film dispose encore d’un double visage dans sa réception. Car s’il justifie amplement son appellation de Conte Burlesque, le constat qu’il fait en filigrane n’en est pas moins triste.

It must be Heaven. Un titre qui reflète l’espoir finalement déçu du réalisateur en France et aux Etats-Unis, deux pays libres à ses yeux. Ne seraient-ils pas le paradis face à la situation de sa Palestine ? Bien au contraire. La violence dont il est témoin dans son pays a malheureusement franchi les frontières pour contaminer les pays Occidentaux sous des formes affreusement plus subtiles.

Elia Suleiman propose un double discours constant.

Des contrastes fins qui se dessinent également dans les différents plans où les rues sont ou désertes ou bondées de piétons. Comment a-t-il fait pour vider les rues parisiennes habituellement inondées de ses touristes et commerçants ? Elles témoignent à la fois de l’existence de l’humain et d’une absence d’humanité. Quelque soit le pays, la ville, la culture, chacun.e a sa particularité définissant ses propres stéréotypes caricaturés dans ce long-métrage. Un Paris dans ses plus luxueux vêtements munis de ses plus belles jambes et un New-York armé jusqu’aux dents des enfants. Des clichés poussés jusqu’à l’épuisement qui constituent une critique de l’humanité, des gouvernements et des mentalités, qui régressent à une vitesse ahurissante face à la prééminence du consumérisme mondial. Après une sorte de huit-clos dans son pays natal, il découvre avec un mélange de mépris et d’incompréhension hilarante les modes de vie des autres populations, qu’il dessine parfaitement sur son visage. Puisque il ne prononce aucun mot, s’exprimant par mimiques. La seule ligne prononcée par Elia Suleiman est pour renseigner son taxi new-yorkais sur ses origines. « Nazareth », « Palestine ».

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