Host, au Festival du film international de Gérardmer

Mortelle connexion

Le confinement est-il un bon décor de film d’horreur ? Dans Host, en compétition au Festival de Gérardmer, Rob Savage démontre que oui. Avec des maladresses, mais aussi de bonnes idées qui le placent sur la carte des réalisateurs à suivre.

Par Quentin Moyon

Temps de lecture 5 min

Host

Bande-Annonce

Tout démarre un soir d’avril confiné. En plein apéro Zoom, Rob Savage indique à ses amis qu’il entend des bruits de pas sourds au-dessus de sa tête… en provenance de son propre grenier. Ni une ni deux, le voilà qui saisit un couteau et gravit les marches, ordinateur à bout de bras. C’est alors qu’une apparition tout droit sortie du film REC attaque le réalisateur, qui s’effondre au sol, sous le regard horrifié de ses potes… C’était évidemment une vilaine blague, mais aussi le début d’une idée de film. La caméra cachée fomentée par le jeune réalisateur britannique (repéré en 2012 avec son premier film, Strings) explose sur Twitter. Et quelques mois de travail plus tard, le gag horrifique est devenu un moyen-métrage.

Dans la lignée des films found footage, qui brouillent la frontière entre fiction et documentaire, Host reprend l’histoire à zéro. Nous sommes conviés à une conversation Zoom entre six amis confinés, qui ont prévu de se retrouver en ligne pour une séance de spiritisme, guidée par une spécialiste de l’invocation des morts. Sans surprise, rien ne se déroule comme prévu, ou plutôt si, puisqu’un esprit démoniaque se joint à la conversation pour éliminer un à un les protagonistes. Difficile de réaliser un grand film quand le scénario tient sur un ticket de métro. Rob Savage oublie d’écrire des personnages consistants, gère maladroitement la tension qui précède les inévitables jump scares, qui pullulent dans le film, et abuse du « fusil de Tchekhov », cette figure de style shyamalanesque qui veut qu’un objet montré au début du film se doit d’être utilisé plus tard. L’excès de ficelles nuit au suspense, et le film manque clairement de subtilité.

« Host trouve son originalité dans le médium qu’il utilise »

Et pourtant… si les dosages sont ratés, Rob Savage a quelque chose d’un diamant brut qui ne demande qu’à être poli. Après un court-métrage d’épidémie zombique, Dawn of the Deaf, il profite habilement de la pandémie réelle pour réaliser un vrai film de confinement. Son audace ? Faire un film d’horreur mêlant les références aux classiques du genre, l’utilisation des techniques conventionnelles de l’angoisse et les nouvelles technologies rendues très actuelles par la crise sanitaire : en l’occurrence Zoom, la plateforme de réunions en ligne devenue notre meilleur outil. S’il assume ses références au found footage et au slasher (The  Blair Witch Project, Paranormal Activity ou encore Dans le noir), Host trouve ainsi son originalité dans le médium qu’il utilise, qui lui permet de gagner en créativité à chaque nouveau meurtre, mise en scène en s’appuyant astucieusement sur les fonctionnalités du logiciel, des arrière-plans virtuels aux filtres « masques », qui évoquent celui de Michael Myers dans Halloween.

L’outil numérique souligne en outre l’aspect le plus effrayant des films d’horreur : la solitude, décuplée par le confinement. Dans ce cadre restreint, traverser la couloir de son appartement pour aller voir ce qui cloche se transforme en comportement aventureux et cette utilisation de notre quotidien du moment, en plus de donner davantage de réalisme aux réactions des personnages (tous très bien interprétés), ne fait qu’accroître la tension. Avec ses maladresses, Host a le mérite de nous faire découvrir un auteur à suivre, dont le talent en germe n’a pas échappé au producteur-roi du cinéma d’horreur Jason Blum, qui vient de l’engager pour trois films. Ou comment transformer une blague potache en joli petit chèque.

Host, en compétition au Festival de Gérardmer. Accès sur la plateforme du festival : https://online.festival-gerardmer.com/

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