Honey Boy

En compétition officielle au festival de Sundance 2019, Honey Boy est une émouvante plongée
dans l’enfance de Shia LaBeouf, écrite par Shia LaBeouf, avec Shia Labeouf…
sous les traits de son propre père. Méta.

Par Quentin Moyon

Temps de lecture 5 min

Honey Boy

Bande Annonce

Honey Boy est le récit de la jeunesse d’Otis et met le focus sur la complexe relation que ce dernier entretien avec son père, erratique présence consumée par son expérience de la guerre du Viêtnam. Construite sur la juxtaposition de deux moments de la vie du garçon (surnommé Honey Boy par son paternel), l’adolescence partagée avec le père alcoolique dans une chambre de motel sordide, puis le début de la vie adulte où il tâche de faire face à ses démons, le film montre les conséquences d’une période sur l’autre.

Ce drame poignant, réalisé par l’Israélo-américaine Alma Har’el, dont c’est le premier long-métrage de fiction, Honey Boy est librement inspiré de la propre histoire de l’acteur Shia LaBeouf. À l’origine du script qu’il a écrit lors de son passage en centre de désintoxication, l’électron libre du cinéma américain s’octroie de surcroît le rôle de son propre père, un homme complexe, pêle-mêle charmeur, tchatcheur, enragé et instable, auquel on ne peut pas se fier. Après divers happenings warholiens, dont celui qui l’avait vu se filmer alors qu’il regardait en continu l’intégralité de sa filmo, l’acteur-performeur joue une nouvelle fois avec son image, mais dans un cadre plus conventionnel de mélo filial. Sa prestation œdipienne ne fait que confirmer son talent devant la caméra, et il est bouleversant en papa paumé, laissé pour compte du rêve américain.

Honey Boy est un drame en abîme,
sincère et maîtrisé

Pour ce qui est de dépeindre la face sombre de l’Amérique, Alma Har’el est loin d’être une débutante. Dans son documentaire Bombay Beach, centré sur les perdants de l’idéologie étasunienne, elle exposait déjà cet envers du décor, qui se trouve ici dramatisé par le choix de la fiction intimiste. L’œil introspectif de Har’el y brosse avec poésie le portrait attendrissant autant que déstabilisant d’un vétéran de guerre brisé, violent et drogué, à la fois paternel et étranger aux yeux de son fils. Pour incarner Otis alias Shia jeune, les acteurs janusiens Noah Jupe et Lucas Hedge se révèlent très convaincants. Pas très loin de Bons baisers d’Hollywood (Mike Nichols, 1990), la fiction autobiographique sur la jeunesse de l’actrice de Star Wars Carrie Fischer, brisée par sa relation toxique avec sa mère, Honey Boy est un drame en abîme, sincère et maîtrisé.

Disponible sur FilmoTV

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