Bacurau – il était une fois au Brésil

Prix du Jury à Cannes, le film de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles
aborde les tourments de leur Nordeste natal sous forme de chasse à l’homme.
Glaçant.

Par Perrine Quennesson

Temps de lecture 4 min.

Bacurau

Bande annonce

Ce qui est très beau dans Bacurau, c’est la sensation de perte. Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles — qui officiait jusque là comme directeur artistique sur les longs métrages du premier (Aquarius , 2016) — consacrent une heure des 2h10 du film à faire perdre leurs repères aux spectateurs et aux personnages.

Tout commence par un carton qui nous indique que nous sommes dans un futur proche. Un camion citerne, avec à son bord une jeune femme jouée par la farouche Barbara Colen, fonce vers la bourgade fictive de Bacurau pour l’enterrement de sa grand-mère. Devant, un autre camion a éparpillé des cercueils. Présage de mort ? En tout cas, le début d’une série d’événements étranges qui ne vont que s’intensifier au long du récit.


Bacurau
nous offre une balade avant d’entrer dans ce qui va devenir un croisement entre Rio Bravo, Les chasses du Comte Zaroff et Assaut de John Carpenter, ouvertement cité dans le film. Une balade dans les paysages du Nordeste, région pauvre et aride du Brésil. Loin des plages paradisiaques, mais au fin fond d’un décor escarpé, vit ce village ravitaillé par les corbeaux et isolé du reste du monde. Perdu et bientôt supprimé de la carte. Les images surréalistes s’accumulent : cercueil inondé, drones-soucoupes volantes. Une sensation d’égarement vient servir le propos de ce long métrage outrageusement politique… Comme pour dire que ce qui arrive ici est universel.

Dans la seconde partie, quand le gouvernement local menace de couper les vivres aux villageois, et en particulier l’eau, pour qu’ils partent, ils sont prêts pour la révolte. Et ils se montrent implacables quand il s’agit de se défendre contre une menace extérieure venue les éliminer. Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles doivent finalement être désolés de leur carton « Dans un futur proche », tant leur film transpire le contemporain. Ce gouvernement malsain et pourri jusqu’à la moelle qui vient détruire son propre territoire et s’acoquiner avec les forces étrangères, toujours plus sophistiquées, évoque furieusement Jair Bolsonaro et la situation actuelle du Brésil. Quand les habitants sont contraints de sortir les armes pour résister, ils vont les chercher dans un musée. Comme les citations cinématographiques que l’on retrouve dans le film, ces armes viennent du passé, d’anciennes batailles. Car cette histoire de tentative de domination et de révolte n’est pas nouvelle et ne fait que se répéter. À en croire le programme cinéma des semaines à venir, des Misérables au Joker, en passant par le nouveau Ken Loach, Sorry We Missed You , la révolution ne devrait pas tarder.

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