Ad Astra – Vers l’infini et au fond de soi

Le film de James Gray, porté par un Brad Pitt en pleine grâce,
transforme la quête de soi et du père en superproduction spatiale impressionnante.
Explications.

Par Perrine Quennesson

Temps de lecture 4 min.

Ad Astra

Bande Annonce

Encore un film de science-fiction dans l’espace comme une occasion de réfléchir sur soi façon Gravity, Interstellar ou First Man ? Oui, Ad Astra s’inscrit sans sourciller dans cette lignée mais s’avère plus proche du film de Damien Chazelle que des deux autres. L’espace y est ce lieu de conquête, d’exploration mais il est aussi cet univers mental où, seul, enfermé dans sa combinaison, on fait face à son propre vide. Le nouveau film de James Gray, à qui l’on doit notamment La nuit nous appartient ou Two lovers  suit, dans un futur proche, Roy McBride (Brad Pitt), astronaute solitaire, séparé de sa femme, et bien plus à l’aise dans le vide de l’espace que sur Terre. Alors qu’une forte surtension (une sorte de court circuit à l’échelle galactique) semble mettre la planète en péril, il est envoyé aux confins du système solaire pour essayer de contacter celui qui en serait responsable. A savoir son père, Clifford McBride, lui-même astronaute, disparu depuis 16 ans en mission d’exploration pour  trouver d’autres formes de vie…

un réalisateur qui parfois pousse
la perfection jusqu’au risque de l’effet clinique.

Le père, le fils et l’espace infini

Là où dans Lost City of Z, Gray s’intéressait aux périples d’un père de famille explorateur au fin fond de l’Amazonie, Ad Astra semble être son film sur le fils resté à la maison. Que provoque l’absence ? La sensation d’abandon est-elle surmontable ? Le fait que le père soit parti pour une cause définie comme plus grande que soi, y aide-t-il ? Les interrogations traversent le film, revenant en boucle sur la question de capacité du héros à se construire ou non en dépit de cette figure paternelle. Et à la possibilité de lui pardonner. Les plus intello penseront au titre d’un séminaire du psychanalyste Jacques Lacan : « Les non-dupes errent » / « Les noms du père »…

Ici, le personnage de Brad Pitt est propulsé dans de sublimes images de l’espace pour mieux réfléchir à son propre drame d’enfant qui a grandi en refoulant toutes formes de sentiments. L’acteur, stoïque, bouleversant, au bord du gouffre, est magnifié par la caméra d’un réalisateur qui parfois pousse la perfection jusqu’au risque de l’effet clinique. Mais qu’importe quand il est donné de voir une œuvre d’une telle force qui commence par une chute ne semblant jamais s’arrêter. Jusqu’à une fin qui agit comme une reprise d’air après une impression de noyade. Comme dans First Man, l’espace devient un lieu pour les kamikazes blessés qui ont besoin de s’isoler absolument pour se remettre de leur peine, de reconnecter avec leurs émotions et de trouver un second souffle. Coécrit par Ethan Gross, un des auteurs de la série Fringe qui traitait déjà de ce rapport complexe au père, Ad Astra tient la promesse de son titre et s’installe paisiblement mais fermement au firmament du 7e art.

  • Brad Pitt
  • James Gray
  • Ad Astra

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