Très Court International Film Festival – Les maux des femmes

Pour cette 21ème édition du Très Court International Film Festival,
Somewhere\Else a sélectionné pour vous le TOP 10
des meilleurs court-métrages de la compétition « Paroles de femmes ».

Par Garance Lunven & Tess Volet

Temps de lecture 5 min.

Témoignages, portraits, scènes de la vie quotidienne… Les femmes sont mises en lumière autant derrière que devant la caméra, et ce quelque soit leur culture et leur âge. Une compétition brûlante d’actualité, malgré quelques fausses notes : des rôles de femmes psychopathes parfois maladroits (MiMaMi de Victor Basallote Gonzales et I Love You de JB Herment) et un message desservant le propos dans Mademoiselle de Chloé Micout. Une sélection qui n’en demeure pas moins brillante et touchante.

1 . Augenblicke (Instants) de Kiana Naghshineh
Au mauvais moment, au mauvais endroit

Ce court métrage d’animation bouleversant – à la limite de l’anxiogène – retranscrit l’agression nocturne d’une jeune femme, dans une ruelle sombre. La scène est observée par ses riverains qui restent seulement de passifs spectateurs. Les faits de ce tableau révoltant sont contrastés pour la douce bal(l)ade qui, à la fois, contrebalance et rythme l’évolution de l’agression.
T.V

2. Nie masz dystansu (Vous réagissez excessivement) de Karina Paciorkowska
Des mots qui font mal

Grand gagnant de cette 21ème édition dans la compétition « Paroles de femmes », ce court-métrage d’animation polonais signé Karina Paciorkowska s’attache à dépeindre l’espace public comme un vaste champ de mines pour les femmes. Saturée d’images sexualisées, d’injonctions contradictoires, de gestes agressifs, la rue devient un territoire d’épreuves et de contraintes permanentes. Un petit bijou haut en couleurs dessiné aux pastels et recueillant des propos réels de personnalités et de médias.
G.L.

3 . Un genre de cadeau (Not a gift) de Sophia Benkirane Ivara
En famille, pas de cadeaux

Dans notre TOP 10, un court métrage français mettant en scène un parfait dîner de famille lors des fêtes de Noel. Lors de l’ouverture des cadeaux, le frère reçoit des livres et la sœur une robe. Cette dernière, peu étonnée, s’énerve de l’indifférenciation du sexe et du genre par ses parents qui restent dans leurs normes conservatrices du rôle et du statut de la femme. La chute est un beau revers de face qui prône cette séparation du sexe et du genre. Le tout subtilement agrémenté des paroles d’Iglesias « Vous les femmes »…
T.V.

4. Los Medios (Les médias) de Carlos Polo Menárguez
Assurer son derrière

Ça commençait si bien… Attablés dans un restaurant local, une femme et un ancien amant renouent après des années et discutent contexte post #MeToo et mascu… Ma-scu-li-ni quoi ? Ce court-métrage de Carlos Polo Menárguez interroge les pseudo-discours d’hommes qui se revendiquent féministes. Car derrière une apparente bienveillance se cache bien souvent la peur égoïste d’être la cible malheureuse de la « chasse aux sorcières » à la suite d’un post #Balancetonporc. Un face-à-face monochrome intelligent, quoique un peu déprimant quand on s’applique à lire le sous-texte.
G.L.

5. Al final explota un globo (À la fin un ballon explose) de Antonio Panteras
Rien de plus beau qu’un bébé

Contexte : une conversation lors d’une fête d’anniversaire pour enfant dans le milieu des années 90 entre deux amies. Ou deux sœurs : l’une mère très bavarde, l’autre célibataire et silencieuse. Tout en reprochant à son gamin d’embêter sa sœur, la première tient un discours stéréotypé sur le statut matrimonial « une femme sans enfant est un jardin sans fleur ». On attend une réponse de la 2ème protagoniste qui se fait accabler de réflexion sexiste. En vain… Ou presque. BOOM. Une chute drôlement étonnante avec une touche à la fois subtile et brute de sarcasme.
T.V.

6. La Porte (The Door) de Arielle Moens
Dans l’entrebâillement

Un plan unique pendant près de 4 minutes, rythmé par le seul battement d’une porte de placard mal vissée. Cette simplicité technique permet pourtant au court-métrage de Arielle Moens de gagner en efficacité, en donnant à voir le quotidien d’un couple de femmes, de l’idylle à la rupture. Dispute, fête, petit-déjeuner : une succession de tableaux de la vie courante, touchants d’authenticité.
G.L.

7. The Wait (L’Attente) de Jason McColgan
Oubli sous l’abribus

Tout droit sorti du Royaume-Uni, le court-métrage dessine la condition de la femme bientôt mère célibataire, sans famille. Une banale discussion entre cette femme et un homme âgé, visiblement attentif et plein de compassion, attendant leur bus. La future mère, paniquée à l’idée d’endosser ce rôle si important, écoute brièvement les encouragements du vieil homme. Le plot twist ne fait que confirmer ses propos qui tiennent le rythme du court-métrage. Touchant.
T.V.

8. Lentejas (Lentilles) de Carlos Blanco Barbera

L’instinct maternel existe-t-il ? C’est autour de ce débat polémique qu’est construit le film espagnol Lentejas. Une cuisine devient le lieu intime du face-à-face sensible entre une mère soixantenaire et sa fille adulte. L’occasion pour le réalisateur Carlos Blanco Barberá de faire un grand-écart générationnel entre les relations modernes de l’ère Tinder et les mariages conformistes qui imposaient des destins tout tracés : mariage, maison, bébé. Des espoirs avortés, donc, pour une mère qui aurait probablement voulu d’une autre vie…
G.L.

9. Camins (Balades) de Sara Gracia Jimenez
Dites-le en musique

Ce qui ressemble à une scène typique d’un couple du XXIème siècle, se transforme rapidement en dénonciation du comportement dominateur de l’homme. Sa copine poste simplement une chanson, comme à son habitude, sur son profil. Il n’est pas d’accord car, considérant la signification des paroles, elles le mettraient, publiquement, en position de faiblesse. Avec excès, il la blâme de ne pas l’honorer et lui conseille de ne plus jamais recommencer. Tout ça pour une chanson…
T.V.

10. Dinosaure (Dinosaur) de Pierre Dugowson
Un geste et ses conséquences

Une belle réussite pour Pierre Dugowson, qui met en scène Ophélia Kolb (vue dans Dix pour Cent) en mère de famille. Dans un square où sa fille gonfle un ballon, un sale gosse rôde et s’apprête à le percer. La métaphore brillante d’une machine à broyer les femmes qui donne lieu à un monologue universel. Monologue dont les oreilles attentives ne devraient pas être seulement celles de l’enfant… Bien que l’éducation soit un pivot essentiel pour bousculer les mentalités.
G.L.

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