LES ARCS FILM FESTIVAL

Aux Arcs, du nouveau

La 12e édition du Festival des Arcs se déroule du 12 au 26 décembre en ligne. Au programme : 12 longs-métrages en compétition, mais aussi la programmation « Déplacer les montagnes », centrée sur la question écologique. Une sélection de films et de tables rondes pour réfléchir ensemble à un avenir meilleur, avec la participation des activistes Camille Étienne et Cyril Dion. Explications.

Par Perrine Quennesson

Temps de lecture 5 min.

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Un film peut-il changer le monde? Peut-être pas totalement. Mais il peut apporter la petite étincelle à la bonne personne. C’est l’espoir qui sous-tend la section « Déplacer les montagnes », proposée cette année par le Festival des Arcs. Une sélection de douze films, accompagnés de tables rondes virtuelles, pour réfléchir aux bouleversements, notamment écologiques, qui nous agitent. La démarche ne surprend pas de la part d’un festival qui cherche depuis longtemps à conjuguer le cinéma et la marche du monde. « Aux Arcs, nous avons une passion : inviter les sujets de société dans notre festival, revendique Fabienne Silvestre-Bertoncini. Nous cherchons à observer comment ils influencent le cinéma, et vice versa. » Déléguée aux Relations Publiques et Institutionnelles des Arcs, elle est aussi coordinatrice du Lab Femmes de cinéma, créé en 2016 pour promouvoir la place des femmes derrière la caméra. En cette année marquée par la crise sanitaire, l’urgence climatique et les troubles sociaux, les sujets brûlants ne manquaient pas. « D’habitude, nous faisons des focus sur des pays, mais 2020 nous semblait adaptée à la thématisation. »

Ce thème transversal, ce sera celui de l’engagement. Pour dépasser le constat plombant sur les maux de la planète, le festival a choisi de mettre en avant des films portés par l’enthousiasme de celles et ceux qui font avancer les choses. Mouvement, envie, et ouverture aux autres sont ainsi les maîtres mots d’une sélection principalement centrée sur les problématiques environnementales, mais qui aborde aussi la souffrance au travail et le vivre ensemble. Au cœur du projet : la foi dans la puissance du récit, l’idée que la fiction offre un levier à la nécessité d’agir. C’est la conviction de la jeune activiste Camille Étienne : née à deux pas des Arcs, la porte-parole du mouvement pour la justice climatique #Onestprêt avait déjà participé au Green Lab, créé par le festival en 2019. Cette année, elle apporte son soutien militant à la programmation « Déplacer les montagnes ». « Les cinéastes, grâce à leurs histoires et à la manière dont ils les racontent, ont ce talent de faire descendre le rationnel au cœur. Cette capacité à nous toucher, à nous émouvoir, à nous atteindre. » La jeune femme – 22 ans à peine – se souvient même que sa première visite au Festival des Arcs, avec son collège, il y a quelques années, a joué un rôle dans son propre désir d’engagement. « Les films ont un pouvoir performatif sur notre imaginaire. Ils peuvent nous aider à imaginer un autre monde, meilleur, mais aussi à créer du beau et du rêve, toujours nécessaires. D’autant plus en ce moment. »

Au Festival de Cannes, Camille Étienne avait uni ses forces à celles du réalisateur de Demain Cyril Dion pour sensibiliser les professionnels du cinéma à la cause écologique. Aux Arcs, elle a retrouvé son camarade de lutte pour une table ronde, aux côtés égale-ment du directeur de la rédaction du Monde Luc Bronner et du réalisateur Xabi Molia. Un échange au cours duquel Cyril Dion a lui aussi affirmé l’importance du récit dans l’éveil des consciences : « Raconter des histoires, c’est notre façon d’être au monde. Nous sommes des êtres irrationnels vivants dans des récits menés par nos émotions et nos croyances. Il est donc important d’être responsable de la teneur des récits que l’on diffuse. » À la clé, peut-être, la possibilité de réenchanter le monde. « Il faut créer des horizons pour que le public se sente investi, poursuit Cyril Dion. Nous avons la liberté d’inventer d’autres histoires, qui seraient d’autres façons d’habiter la planète. »

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Ces scénarios pour demain, la sélection « Déplacer les montagnes » – où se croisent des inédits, des films déjà sortis, des fictions et des documentaires – nous en offrent quelques ébauches, résolument tournées vers le positif. Du bouleversant Hors Normes, du duo Nakache-Toledano, sur la prise en charge des jeunes autistes, au passionnant I am Greta, portrait de l’icône des grèves scolaires pour le climat Greta Thunberg (récompensé du prix Cinéma et engagement environnemental créé par le festival en 2019) ; de Petite Fille, où Sébastien Lifshitz filme avec délicatesse une enfant transgenre et sa famille, à La Belle Verte de Coline Serreau, pionnière de l’écologie au cinéma ; en passant forcément par Demain, devenu le porte-étendard du genre… Ces films remplacent nos sombres dystopies par des regards tendres, actifs sans être naïfs. Et leur énergie est communicative.

Au point de vraiment déplacer les montagnes ? « S’il y avait une liste de dix actions pour sauver le monde, on l’aurait déjà faite, répond Camille Étienne. Mais on peut apporter notre petite pierre. Quand je demande autour de moi ce qui a provoqué le déclic chez les gens, on me cite souvent soit la démission de Nicolas Hulot, soit Demain, de Cyril Dion. Donc on voit bien qu’à côté des grands moments politiques, les œuvres ont une influence non négligeable. » On ne refait pas le monde en un jour, mais une chose est sûre : « Il faut continuer. »

Toute la programmation et toutes les informations concernant la 12ème édition du festival sont à retrouver ici : https://lesarcs-filmfest.com/fr

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