Ovationné au festival de Cannes cette semaine, le nouveau film de Céline Sciamma est de ceux qui imprègnent durablement la rétine et le cœur. Retour sur ce drame brûlant qui aurait mérité la palme d’Or.

 Par Marine Bohin

Temps de lecture 4 min.

Portrait de la jeune fille en feu

Bande Annonce

Fantastique onirisme

Cinq ans après Bande de filles, plongée naturaliste dans une banlieue violente, la réalisatrice Céline Sciamma revient avec Portrait de la jeune fille en feu, une romance saphique délicate. Fini les héroïnes bagarreuses qui chantent du Rihanna en plan-séquence et vendent du shit au pied des tours : nous nous attachons ici à la passion interdite entre une peintre et sa modèle sous l’ère victorienne.

Plus qu’une histoire d’amour entre femmes, un film romanesque qui brouille les frontières du genre.

Ultra-pictural, le film pourrait s’avérer un tableau dont l’académisme lasse assez vite, mais il prend le spectateur par surprise en distillant ça et là quelques codes du cinéma fantastique. Adèle Haenel ouvre de grand yeux entièrement noirs au détour d’une scène d’amour, Noémie Merlant est hantée par des spectres qui surgissent au détour d’une porte… la scène, onirique en diable, dans laquelle une robe s’enflamme, marquera tous les esprits. De sa lenteur assumée, quelque peu agaçante au cours des 30 premières minutes, le film finit par tisser une langueur hypnotique, qui accompagne parfaitement la montée du désir entre ses deux héroïnes .

Le film tisse
une langueur hypnotique

Un film de femmes

A la sortie du de la projection, on se surprend à se demander où se trouvent les personnages masculins. Ne cherchez pas : il n’y en pas. Les rares hommes qui traversent l’écran sont des figurants, muets. Une belle façon de redresser la barre, dans une époque où, malgré les nombreux signaux d’alarme tirés par les femmes de la profession, l’égalité est très loin d’être atteinte : une immense majorité de films français mettent en scène des personnages principaux masculins autour desquels gravitent des femmes dans des rôles secondaires.

Sont aussi abordés subtilement, le mariage forcé, l’avortement clandestin, le statut de la femme artiste… autant de thématiques qui nous rappellent que les combats d’antan sont malheureusement encore d’actualité.

Lors de sa première projection au Grand Théâtre Louis lumière, Portrait de la Jeune fille en Feu a été acclamé par le public qui s’est levé pour une standing ovation longue de 10mn, devant l’équipe du film – exclusivement féminine, très émue.

Dans cette ère de remise en question post-Weinstein, il serait mérité que Céline Sciamma soit la seconde femme à se voir décerner une palme d’or, et la première réalisatrice française à recevoir cette distinction.

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