The L Word : Generation Q – Nostalgie 2000

10 ans après, la série, qui avait ouvert la porte sur une communauté jusqu’alors invisibile, fait son retour avec Generation Q. Une bonne idée ? Pas sûr…

Par Perrine Quennesson

Temps de lecture 4 min.

The L Word – Generation Q

Bande Annonce

De 2004 à 2009, le Sex and the City lesbien avait un nom : The L Word. Plus qu’une série sur des lesbiennes, à l’instar de Queer as Folk pour la communauté gay masculine, The L Word avait permis à tout un groupe de trouver des personnages en lesquels s’identifier et de se créer un langage commun, de sortir du placard télévisé. Car jusqu’alors, l’homosexualité féminine n’était pas ou peu voire mal représentée dans la série télé : des platoniques Xéna et Gabrielle au mariage de Carol et Susan dans Friends en passant par Willow et Tara de Buffy contre les vampires et la première adaptation des Chroniques de San Francisco en 1993, rares sont les personnages lesbiens fiers, récurrents et bien vivants, les showrunners ayant tendance à les zigouiller régulièrement. Donc quand arrive The L Word, c’est une petite révolution. Si les citadines hétéros se répartissaient les rôles entre Carrie, Miranda, Charlotte et Samantha, la communauté lesbienne pouvait se définir entre Dana, Shane, Jenny, Bette ou encore Alice. Les intrigues, parfois rocambolesques dignes de Melrose Place, avaient fini d’accrocher un large public faisant de la série un véritable événement et un show culte pour la postérité.

Ayant gardé son rythme et sa narration très début 2000,
The L Word : Generation Q laisse un petit goût désuet.

Mais, comme Melrose Place : nouvelle génération ou The Carrie Diaries, la nouvelle occurrence de The L Word peine à convaincre. Generation Q voit revenir trois héroïnes, quasi-déifiées depuis l’arrêt de la série en 2009. Toutes ont un niveau de vie enviable entre la fortune immense à l’origine inconnue de Shane, un poste d’animatrice star d’un talk-show pour Alice et alors que Bette est dans la course à la mairie de Los Angeles. Puis il y a les nouvelles venues : Dani, Finley et Sophie. Ainsi que Micah, homme transsexuel. Sympathique au demeurant mais un peu translucide face à ses ainées, cette chair fraîche d’une vingtaine d’années est censée, en plus d’apporter du sang neuf et de nouvelles intrigues, venir panser les erreurs qu’a pu commettre The L Word en son temps, notamment dans son traitement de la transidentité ou de la bisexualité. Mais la réalité est un peu différente.

Ayant gardé son rythme et sa narration très début 2000, The L Word : Generation Q laisse un petit goût désuet. À part Alice jonglant avec sa famille recomposée, ou, dans une certaine mesure, le parcours de Bette pour la représentation LGBTQ dans les instances politiques, ses thématiques semblent un peu dépassées aujourd’hui, ou, du moins, déjà vues. Des séries comme Orange is the new black, Modern Family, Transparent, Pose ou des personnalités telles qu’Ellen de Generes, Beth Ditto ou même Caitlin Jenner ont déjà plus que pavé la route qu’explore ce retour. Manquant un peu de mordant, de nouveautés, de véritables enjeux, la série – sur les trois premiers épisodes qu’il a été possible de voir – ne semble pas avoir pris en compte le temps qui a passé. C’est dommage, mais retrouver Shane, Bette et Alice reste tout de même un plaisir non coupable.

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