Postlogie Star Wars

Avatar télé de l’univers Star Wars, The Mandalorian vient d’être mis à dispo via la nouvelle
plateforme Disney+. Mais cette série divertissante a du mal à faire passer le goût amer
de la dernière trilogie, dont l’épisode 9 arrive justement en VOD.
L’occasion de revenir sur un échec artistique retentissant.

par François Rieux

Temps de lecture 5 min

The Mandalorian

Bande Annonce

Le Faucon Millénium zigzaguant entre des tirs de Chasseurs Tie, des retrouvailles avec de vieux copains et la musique symphonique mythique signée John Williams qui claque comme en 77… La première bande-annonce de Star Wars épisode 7 – Le Réveil de la Force ressuscite l’intérêt des puristes avant d’allumer la mèche du côté des padawans. Nous sommes en 2014. Après avoir racheté la licence la plus célèbre de la galaxie à son créateur George Lucas, Disney annonce une nouvelle trilogie. Le plan est clair : prolonger la mythologie matricielle de la saga et donner une conclusion en grandes pompes à l’arc Skywalker. Aux manettes ? mettre J.J. Abrams évidemment ! Le cinéaste geek, biberonné à Star Wars, digne héritier des productions Amblin et chef d’orchestre de la dernière trilogie Star Trek, est l’homme de la situation. Tant pis pour la guéguerre entre Trekkies et fanatiques de la Force.

Mais par où commencer ? Comment fédérer les quadras qui ont grandi avec les deux premières trilogies et les petits jeunots qui ne connaissent Star Wars qu’à travers dessins-animés, jeux vidéo et autre bande-dessinée ? En prolongeant un peu plus l’histoire des Skywalker pardi, sortant du chapeau une nouvelle héroïne aux origines inconnues (la fille de Luke ?) et un méchant directement lié au monolithique Dark Vador. Noyés dans une smala de personnages complètement sous-exploités, Rey et Kylo Ren s’imposent comme le power couple de cette troisième trilogie. Des frères et sœurs ennemis, amants diaboliques œuvrant du côté clair de la Force pour la première et du côté obscur pour le second. Au centre : le destin de la galaxie. Bref, on prend (à peu près) les mêmes, et on recommence. Et pour être bien sûr que les papas et mamans s’y retrouvent, Luke, Han, Leia et même Chewbacca font de la figuration.

« Bref, on prend (à peu près) les mêmes, et on recommence »

Dès le départ, la postlogie est un grand shoot de nostalgie. Sous la surface modernisée par J.J. Abrams, directeur artistique talentueux qui sait y faire en emballages séduisants et petites créations design (le chouette robot BB8), c’est en fait la même sauce à peine remise au goût du jour. L’épisode 7 ressort des cartons des paysages bien connus, des personnages archétypaux, des plans emblématiques… Et les enjeux dramatiques rappellent l’épisode 1, La Menace fantôme, qui rappelaient eux-mêmes ceux de l’épisode 4, Un nouvel espoir. La seule innovation réelle, c’est le personnage de Rey. Alors que les six premiers films ciblaient plutôt les garçons avec ses héros masculins, les épisodes 7, 8 et 9 mettent en avant une petite ferrailleuse débrouillarde sensible à la Force, qui devient une guerrière amazone pleine de courage (ça ne vous rappelle rien ?). Prendre une jeune femme pour en faire une héroïne au style bien dessiné, qui s’inscrit rapidement dans la culture populaire, est la seule réussite de cette nouvelle cuvée. Comme si les créateurs des nouveaux Star Wars avaient présagé la déferlante #MeToo et la remise en question d’un patriarcat démodé.

Pour autant, les auteurs ne donnent pas à Rey et à ses nouveaux petits camarades (très vites relégués au second-plan) les moyens d’acquérir le charisme incontestable qui aurait permis d’assurer un grand final à la saga. Les vétérans Mark Hamill, Harrison Ford et Carrie Fisher viennent à la rescousse pour raccrocher les wagons et les publics. Les limites de l’approche nostalgique apparaissent, la saga n’arrivant pas à trouver son équilibre entre l’esprit d’antan et la formulation d’une nouvelle donne. Du côté des fans, c’est la déroute. À tel point que c’est un épisode indépendant, Rogue One – A Star Wars Story, sorti entre les épisodes 7 et 8, et préquel du 4 (vous suivez ?), qui accapare toute l’attention en se révélant plus intéressant que l’histoire principale. Disney tente de dégripper la machine en changeant de réalisateur pour l’épisode 8, en la personne de Rian Johnson. La firme s’en mordra les doigts.

« c’est toujours en jouant sur la corde nostalgique que l’univers se prolonge »

L’épisode 8, Les Derniers Jedi, est en effet à marquer d’une pierre noire dans l’histoire de Star Wars : rarement un film aura créé une scission aussi violente au sein de la fanbase la plus solide de la pop-culture, qui se déchire sur les réseaux sociaux. Encore aujourd’hui, Rian Johnson, qui en a pris pour son grade, continue de se défendre sur Twitter – c’est dire ! Les Derniers Jedi est pourtant, à tête reposée, l’épisode le plus intéressant de la postologie : regorgeant d’images à la beauté tétanisante, le film a l’audace de tordre la mythologie intouchable de la saga. Coup d’éclat pour les uns, hérésie pour les autres… En tout cas, cet épisode pivot enterre définitivement l’intérêt d’une bonne partie des fidèles qui se sent trahie, et démontre que sous l’égide Disney, Star Wars n’est plus la machine à rêve fédératrice qu’elle était.

Panique dans la maison aux grands oreilles, qui rétropédale en rappelant J.J. Abrams à la rescousse pour le dernier épisode, L’Ascension de Skywalker. Mais personne ne sait plus quoi faire pour satisfaire un public qui n’a jamais été aussi exigeant. Impossible pour L’Ascension de Skywalker, dans ces conditions, d’être la conclusion espérée. A minima, J.J. Abrams se contente de livrer un blockbuster qui coche toutes les cases du cahier des charges, spectaculaire mais sans saveur. Le pire, c’est que ce fan service mollasson n’empêche pas le film d’irriter quand même les aficionados, dégoûtés par une révélation finale sortant de nulle part, en décrochage complet avec la mythologie initiale.

Tout le monde est soulagé que la postologie soit terminée. Mais dans la pop culture, rien ne se perd, tout se transforme. Malgré l’échec d’un autre épisode indépendant, Solo, prequel centré sur le célèbre contrebandier, Disney est parvenue à rallumer la flamme avec la première série télé de l’univers Star Wars, The Mandalorian, argument vendeur de sa nouvelle plateforme à contenus, Disney +. On y suit les aventures d’un chasseur de primes, le Mandalorien dit « Mando » (Pedro Pascal), quelque part entre l’époque du Retour du Jedi et celle du Réveil de la force. Mais la raison principale du succès de cette nouvelle déclinaison, c’est surtout Baby Yoda, une petite peluche toute mimi qui casse Internet et fait fondre le cœur des fans de tous âges. L’arc Skywalker s’est achevé tant bien que mal, et pourtant c’est toujours en jouant sur la corde nostalgique que l’univers se prolonge, cette fois sur le petit écran. C’est ce qu’on appelle une victoire à la Pyrrhus, même dans une galaxie lointaine, très lointaine.

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