La sincérité – L ‘amour l’après-midi

Marivaudage élégant et plus moral qu’il n’y paraît,
le premier long-métrage de Charles Guérin Surville
fait le bilan d’une certaine faillite masculine. Explication.

Par Jacques Braunstein

Temps de lecture 5 min

La sincérité

Bande Annonce

Charles Guérin Surville est un réalisateur pas vraiment aguerris qui décide de tourner un film avec les moyens du bord. Enfin, ça c’est plutôt le pitch de son film que le film lui même, qui se révélera plus malin, voir retors que son apparent amateurisme.
Pour se faire, il convainc deux hommes et quatre femmes de partir avec lui dans une grande maison de campagne pour participer au tournage. Aucun n’est acteur professionnel, mais tous ont une certaine notoriété dans leurs professions liées à l’art et à la communication.

Un conte moral dans la lignée de Rohmer ou Mouret

Nous avons donc un philosophe médiatique (Charles Pepin) ; un pianiste de jazz (Jacky Terrasson) en plus du réalisateur. Et côté féminin, une influenceuse mode (Jeanne Damas) ; une chanteuse, ex-candidate de « The Voice » (Manon Palmer) ; une scientifique (Charlyene Blondi) et enfin une Finlandaise (Anika Stenvall)… La scientifique est en fait philosophe elle aussi, et la finlandaise n’est pas que cela et notamment actrice, et puis dans le film ils portent d’autres prénoms. Mais ne compliquons pas.

Ce casting rappelle celui des Rois du Desert (1999) qui réunissait un acteur de série télé (George Clooney), un rappeur (Ice Cube), un mannequin (Mark Wahlberg) et un réalisateur de clip (Spike Jonze). On souhaite aux protagonistes de La Sincérité des destins aussi glorieux, même si les moyens et le style des deux films divergent radicalement. Pourtant, comme le long-métrage de David O’Russell, celui de Charles Guérin Surville lorgne clairement vers l’idée d’un méta-cinéma. Moins clipé et plus en train de se faire, mais conscient de lui-même et du mensonge qu’il nous vend en tout cas.

Les scènes de tournage, les diners et les soirées musicales s’enchaînent… Et l’on comprend que cette aventure est beaucoup une excuse pour ces garçons, ayant passé la quarantaine, pour tenter de séduire les filles d’une vingtaine d’année. Profitant de leurs statuts de réalisateur, philosophe, musicien. Mais La Sincérité montre également la capacité de ces jeunes femmes à accepter ce marché sans en être dupe… Et à garder la maitrise de la situation. Un conte moral dans la lignée de La collectionneuse ou de L’amour l’après-midi d’Éric Rohmer ou des premiers films d’Emmanuel Mouret (Changement d’adresse [https://www.youtube.com/watch?v=RYGnvSwgvNk], Fais-moi plaisir !).

  • Surville
  • Charles Pepin
  • Jacky Terrasson
  • Jeanne Damas

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