Le corps du délit

Une Intime Conviction

Le 6 février. Le premier film Antoine Raimbault dévoile la complexité et multiplicité des sentiments humains au travers d’une des affaires judiciaires les plus médiatiques des dernières années.

Par Lisa Muratore.

Le 27 février 2000, Suzanne Viguier disparait sans laisser de trace. La police est persuadée d’avoir trouvé le coupable idéal, son mari Jacques Viguier (interprété par le troublant Laurent Lucas). S’ensuit une affaire qui durera plus de dix ans dont le chapitre final se déroulera devant la Cour d’Assises.

critique des rouages d’un système policier et judiciaire aveugle et de sa théorie irrationnelle du « crime parfait »

Ce sont de ces moments, qu’Antoine Raimbault, passionné par les sagas judiciaires, nourrit le scénario d’Une Intime Conviction. Ayant assisté pendant des semaines au procès d’un homme que la rumeur accusait, le réalisateur a choisi de dépeindre les derniers instants d’une épopée juridique à travers les yeux de Nora (Marina Fois).

Cette mère célibataire persuadée de l’innocence de Jacques Viguier et attendrie par Claire (Armande Boulanger) la fille de ce dernier, convainc le ténor du barreau Éric Dupond-Moretti (Olivier Gourmet, vu récemment dans Edmond) de reprendre l’affaire.

Film « d’après une histoire vraie » – comme Grâce à Dieu de François Ozon fin février ou Exfiltrés en mars – Une Intime Conviction parvient à enrichir son récit au-delà de la simple intrigue judiciaire.

Il y est question de famille. Celle que l’on a perdu, que l’on manque de perdre et celle qu’on retrouve. S’imposant comme une figure maternelle, Nora finira elle aussi par disparaitre noyée sous les enregistrements téléphoniques qu’elle doit décrypter pour Dupont-Moretti. Son investissement dans l’affaire défiant toute logique, balayant tout raisonnement réfléchi, tandis que Gourmet, adoptant parfaitement la voix grave du célèbre avocat, tente de la rappeler à la raison.

Débordée par un sentiment d’injustice et de frustration, malgré sa détermination elle s’enlise dans les comportements qu’elle dénonce depuis le départ.

Comme les accusateurs de Viguier, elle a cette foi qu’aucune preuve ne peut renverser. L’originalité du film c’est justement de remettre en perspective nos intimes convictions. Il pose plus de questions, qu’il n’apporte de réponse, créant chez le spectateur une frustration paradoxalement jouissive. Le film est une critique des rouages d’un système policier et judiciaire aveugle et de sa théorie irrationnelle du « crime parfait » qui constituera le point d’appui de la plaidoirie finale.

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