Ma Vie avec John F. Donovan

Recherche Dolan désespérément

Le 13 Mars. Pas totalement réussi mais pleins de pistes intéressantes, Ma Vie avec John F. Donovan de Xavier Dolan est l’autoportrait d’un artiste toujours en quête de légitimité.

 

Par Caroline Veunac

C’est une filmographie étrange, bancale et passionnante que celle de Xavier Dolan. Une sorte de work in progress, un mood book évolutif dont l’objet serait au fond le réalisateur lui-même. Où est Xavier Dolan ? C’est la question que semble poser chacun de ses films, qu’il se pose à lui-même en le faisant, qu’on est amené à se poser en le regardant, à laquelle on est tenté de se foutre un peu… mais jamais totalement. Souvent, la réponse est évidente : dans J’ai tué ma mère, Les Amours imaginaires, Tom à la ferme, Dolan est aussi devant la caméra. Ce ne sont pas ceux que l’on préfère. Dolan acteur et son narcissisme douloureux, semblent encombrés d’eux-mêmes. D’autres fois, le réalisateur se cache dans les plis de l’histoire, le jeu de piste est plus stimulant, et ça donne ses deux meilleurs films, Lawrence Anyways et Mommy.

Dolan fait constamment cohabiter la part de lui qui reste un admirateur avec celle qui a traversé le miroir

Il existe une version intermédiaire, illustrée par son septième opus, Ma Vie avec John F. Donovan. Cette fois, la place du réalisateur dans le film n’est que légèrement cryptée. Il suffit d’avoir lu quelques interviews du Québécois pour savoir qu’enfant, fan transi de Titanic, il avait écrit une lettre d’admiration à Leonardo Di Caprio. Et donc le reconnaître instantanément dans le petit héros de ce premier film américain, qui entretient une correspondance avec son idole, un acteur de série télé souffrant de ne pas assumer publiquement son homosexualité (Kit Harrington, qui s’y connaît en matière de célébrité fulgurante depuis Game of Thrones). Devenu adulte et lui-même un acteur à la mode, le dénommé Rupert raconte à une journaliste politique, contrainte d’écrire son portrait pour faire plaisir à son boss, comment cette amitié épistolaire lui a permis, à lui, de devenir lui-même sans souci du qu’en-dira-t-on. Dolan fut enfant-acteur, et on a vécu la révélation cannoise qui fit de lui une rock star de la réalisation à l’âge de 20 ans. On le soupçonne donc de se projeter tout à la fois dans la figure de la jeune star isolée et contrite par la célébrité et dans celle de la jeune star émancipée.

Qu’un artiste soit un peu partout dans son œuvre n’a certes rien d’exceptionnel.  Mais de ce lieu commun, Xavier Dolan obtient quelque chose de singulier. Il fait constamment cohabiter la part de lui qui reste un admirateur avec celle qui a traversé le miroir. Un peu comme si Xavier Dolan, malgré son assurance, n’en revenait toujours pas d’être devenu l’artiste qu’il contemplait naguère. Il réalise comme on jouerait à être réalisateur, et c’est ce qui rend sa posture autocentrée touchante.

C’est pourtant ce que lui ont violemment reproché les critiques américains lors du film au festival de Toronto, n’y voyant qu’une boursouflure de l’égo. Alors que ce mélange parfois improbable de maturité et d’immaturité, ce désir moteur d’exister un jour aux yeux de ses inspirateurs, est la matière même de Ma Vie avec John F. Donovan. Le film dénonce le mépris qu’il y a à résumer les aspirations que les vedettes de la culture populaire font naître chez leurs fans à des émois de midinette. La preuve : c’est parce que Xavier Dolan a un jour admiré Leonardo di Caprio qu’il est aujourd’hui Xavier Dolan.  Ma Vie avec John F. Donovan dit qu’il n’y a pas de grand ou de petit art, ni de grand ou de petit artiste. Il n’y a que l’impact que l’art et les artistes ont sur nos vies. Si la star d’une série pour ado peut donner la force à un jeune homme de vivre en accord avec son orientation sexuelle, cet impact est aussi important qu’une cause en apparence plus sérieuse. C’est en tout cas ce que Rupert adulte rétorque à la journaliste qui, plus habituée aux reportages sur les coups d’État en Afrique, avoue trouver un peu vaine son histoire de petit acteur privilégié en proie à ses démons.

Ma Vie avec John F Donovan ressemble à un film raté. Les contraintes d’une grosse production américaine ont l’air d’avoir pesé sur le réalisateur. Mais son côté conformiste dans sa manière de répéter les codes des films hollywoodiens de récit dans le récit, ne parvient pas tout à fait à éteindre sa fougue. Et l’on se demande encore si, pour se trouver, Xavier Dolan doit s’affranchir une bonne fois pour toutes de son enfant intérieur, ou au contraire briser la couche de superficialité qui le sépare de lui.

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