Le temps retrouvé

Une industrie XY

« Les féministes ont raison de gueuler ! » rappelait Agnès Varda en 2017 peu après l’affaire Weinstein. À l’occasion de la journée de la femme et alors que SomeWhere\Else s’associe à la Ciné Balade consacrée à la seule réalisatrice de la Nouvelle Vague, c’est l’occasion de faire un point sur la place des femmes devant et derrière la caméra.

 

Par Quentin Moyon

Malgré de nombreuses revendications concernant la place des femmes au cinéma, à l’image de la montée des marches par 82 femmes lors du festival de Cannes 2018 ou bien encore la lettre ouverte durant la 75e édition de la Mostra de Venise dénonçant la faible représentation des femmes lors du festival, les inégalités ne sont pas prêtes de s’effacer.

“Les Féministes ont raison de gueuler !”

Tout d’abord, devant la caméra. Selon des chiffres issus de l’enquête du Center for the Study of Women in Television and Film, le nombre de personnages principaux féminins en 2017 n’était que de 24%, ce qui en plus de n’être que peu élevé, correspond à une baisse par rapport à l’année 2016. Malgré tout, il se trouve que les personnages féminins ont été plus nombreux en 2017 avec 34 % contre 32 % l’année précédente.

Mais c’est aussi la nature des rôles qui sont le plus souvent attribués aux femmes qui pose question. Souvent cantonnées à des rôles dans lesquels elles travaillent dans le social, dans un bureau ou dans l’univers religieux, les hommes se voient confier des rôles plus charismatiques et avec plus de responsabilités : criminels ou encore politiciens.

A noter enfin, que sur les 100 films ayant réalisés le plus de profit sur l’année 2017, seulement 24% des protagonistes étaient féminins, dont seulement 34% se sont vus véritablement attribuer des répliques.

Une profession qui demeure masculine
Le problème semble être le même derrière la caméra. Dans l’enquête du CNC « l’évolution de la place des femmes dans les secteurs du cinéma et de l’audiovisuel » réalisée entre 2006 et 2015, on apprend qu’en 2015 sur les 300 films agréés par le CNC, seuls 63 ont été réalisés par des femmes. Cela correspond certes à une vraie amélioration par rapport à 2006 (35 films de réalisatrice), mais démontre aussi d’une inégalité encore prégnante dans les professions techniques et créatives, tout comme dans le secteur de la production cinématographique et le reste des postes du 7e art.

Pour finir, il est nécessaire de pointer du doigt un différentiel extrêmement fort entre les salaires des hommes et des femmes. Ainsi, en France, selon le CNC, les réalisatrices touchent un salaire horaire de 42% moins élevé que leur homologue masculin. C’est également le cas dans d’autres professions comme celui d’actrice, ou encore pour une décoratrice.

A ce titre, l’ex-ministre de la culture, Françoise Nyssen, a mise en place en 2019 un bonus de 15 % de subvention qui pourra être attribué aux films dont 4 des 8 postes-clés sont des femmes. Reste la question des films à gros budget trustés par les hommes. Mais aux États-Unis les choses changent. Wonder Woman a été un succès alors que sa réalisatrice comme son héroïne sont des femmes. Captain Marvel, après Star Wars 7&8 ou Hunger Game imposent des femmes dans les films d’action…

Le Test de Bechdel : un instrument de compréhension intuitif et interactif
La différence de représentation des femmes à l’écran a été illustrée de manière interactive par la dessinatrice Alison Bechdel dans sa bande dessinée « Lesbiennes à suivre ». Il permet de mettre en valeur la sous-représentation de protagonistes féminins ou inversement la sur-représentation des personnages masculins dans une œuvre fictionnelle.

Le test est construit sur trois critères qui sont les suivants :

  • L’œuvre doit comporter au minimum deux femmes,
  • Qui interagissent ensemble,
  • Au sujet de quelque chose qui n’a rien à voir avec un homme.

Ainsi, de nombreux films jugés cultes ont échoué face à ce test parmi lesquels Psychose d’Alfred Hitchcock ou encore la trilogie initiale Star Wars.
Malgré tout, l’étude du CNC tend à donner des raisons d’espérer, pointant des tendances à la hausse quant aux œuvres réalisées par des femmes, et une multiplication du nombre de réalisatrices ayant réalisé plusieurs films. A l’image d’Agnès Varda que Somewhere\Else célébrera le samedi 9 mars en collaboration avec Ciné Balade, dans le cadre de la Journée Internationale des Droits de la Femme du 8 mars.

Rendez-vous donc ce samedi sur les traces d’Agnès Varda.
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