Zero Zero Zero – 16 sur 20

Après Gomorra et Piranhas, c’est au tour du roman ZeroZeroZero
de passer par la case série. Et de confirmer que son auteur Roberto Saviano
est bien le parrain des adaptations à succès.

Par Franck Lebraly

Temps de lecture 5 min

Zero Zero Zero

Bande Annonce

ZeroZeroZero retrace le chemin de la fabrication du produit à sa vente, par le jeu du commerce triangulaire : des narcos mexicains à l’Italie mafieuse en passant par les intermédiaires africains. Le produit en question ? La cocaïne, cette poudre blanche que l’on voit très peu dans la série, mais autour de laquelle se développe une véritable économie, mère de tous les vices.
Dès le premier épisode, on assiste au réveil du « Capo des capi », le parrain de la ‘Ndrangheta (la mafia calabraise), vivant comme une de ses victimes, terré dans une planque au sommet de la Calabre. Plan époustouflant, qui dès l’ouverture de la série montre la folie des hommes que le pouvoir a lentement rongé, non sans rappeler la fin du vrai parrain de la mafia Toto Riina, et pourquoi pas Saviano lui-même, qui vit reclus, sous surveillance policière constante, depuis l’écriture de son livre-somme Gommora. La série semble aussi traduire son envie d’évasion et de rivages lointains.
Villages italiens perdus, cartels mexicains, gangs et armées, trafiquants africains s’affrontent, la marchandise voyage de port en port, comme tout autre produit de consommation, au-delà des frontières, semant son lot d’hyperviolence, parfois mise en scène un peu gratuitement. Comme tout conte mafieux digne de ce nom, la référence ultime reste Le Parrain et son drame avant tout familial. Ici aussi, la famille, et son pendant religieux, sont le fil rouge d’un commerce juteux. Vendeurs, acheteurs, passeurs drivés par les lois divines, la religion est omniprésente dans des régions sensibles du globe où Dieu fait office de figure paternelle. La Calabre et son parrain qui porte une croix autour du cou, décisionnaire de la vie ou de la mort de chacun des membres de sa famille, traite avec un autre trio familial, anglo-saxon celui-là, mené par l’élégant mais furtif Gabriel Byrne, l’actrice de Birdman Andrea Riseborough et le génial Dane DeHaan (Valérian…). Et tous ensemble de dealer avec des militaires devenus mercenaires, dirigés par le pire des Judas, qui remettent leurs crimes au jugement du Saint-Père.

Produite, adaptée et réalisée par Stefano Sollima,
la série se distingue et impose son style

Produite, adaptée et réalisée par Stefano Sollima (Suburra, Sicario 2, Gomorra la série), la série se distingue pourtant de Coppola dans la forme, et impose son style, puissant. Le réalisateur réussit à nous plonger dans un univers à mi-chemin entre Narcos et Gomorra. Aux plans soignés, qui s’approchent parfois au plus près des « gueules », et aux lumières chaudes, s’ajoute la musique de Mogwai, conçue pour amplifier les actions, et quelques astuces de montage pour éviter une narration trop bien rôdée. Malgré les galères de tournage – les cartels ont intimé à l’équipe de quitter les lieux sous peine d’exécution – Sollima confirme qu’il est un réalisateur sur lequel on peut compter. Son assurance parvient à faire oublier les quelques défauts de la série – manque de densité de certains personnages, hyperbolisation de la violence… Dans le roman de Saviano, la cocaïne finit par s’immiscer au cœur des économies locales, dans les banques, l’immobilier. Mais ça, ce sera pour la saison 2.

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