Westworld saison 3 : guerre-IA

Après près de deux ans d’attente, la création de Jonathan Nolan
et Lisa Joy fait son grand retour (sur OCS en France) en opérant une rupture de ton radicale.
Moins labyrinthique, elle demeure tout aussi profonde et obsédante.

Par Julien Lada

Temps de lecture 5 min

Westworld saison 3

Bande Annonce

« Le libre arbitre n’est pas libre » : la tagline promotionnelle de la troisième saison de Westworld renvoie directement au face-à-face entre Dolores (Evan Rachel Wood) et Bernard (Jeffrey Wright) sur lequel s’est clôt la deuxième, et sur lequel se construisent les huit nouveaux épisodes de la création de Jonathan Nolan et Lisa Joy. Nous voici trois mois après les événements du final de la saison précédente, marquée par l’évasion de Dolores, accompagnée des « esprits » de certains hôtes. Libérée de ses contraintes programmatiques, elle poursuit sa quête vengeresse contre Delos, et l’humanité en général. Bernard, de son côté, se cache sous une nouvelle identité, tout en tentant de mener à bien son auto-réparation. Maeve (Thandie Newton) essaie de reprendre pied dans ce nouveau monde dans l’espoir de retrouver sa fille, tandis que William (Ed Harris) doit faire face aux conséquences de ses actes et affronter la menace qui plane sur son entreprise très convoitée.

Dans Westworld, chaque développement servait le même propos : les parcs et leurs hôtes ne sont que les reflets des humains qui en sont les géniteurs. Il semblait donc inéluctable que le terrain de jeu de la série finisse par s’étendre en-dehors des murs de Delos. D’ailleurs, le « monde réel » dans lequel se retrouvent les androïdes évadés de Westworld n’est pas celui de 2020, mais un parc mondialisé en soi, un futur proche dystopique où les humains ont poussé la robotisation jusqu’à hybrider leurs propres corps. Exemple type de ce « nouvel humain », Aaron Paul incarne un ex-soldat dont la thérapie post-traumatique consiste à porter une oreillette, par laquelle il peut s’adresser à une IA, une intelligence artificielle, recréant la voix de son partenaire disparu.

La saison 2 de Westworld se chargeait de creuser la mythologie de la série en démultipliant (trop parfois) ses timelines, pour mieux questionner les motivations de ses héros, autant que la nature-même de ce qui sépare l’humain du host. Ces nouveaux épisodes, confirmant l’identité protéiforme de la série, redistribuent drastiquement les cartes. Exit les paysages du Far West ou du Japon médiéval, Westworld se transforme cette année en techno-thriller globalisé. Exit aussi les incessants allers-retours temporels : plus sèche, plus nerveuse, plus linéaire, la série devient une course-poursuite permanente. Ceux qui avaient été déroutés par l’excès de détours narratifs seront sans doute plus à leur aise dans cette nouvelle saison qui, outre sa proximité atmosphérique et politique avec Mr. Robot, n’a jamais autant ressemblé à la précédente création télévisuelle de Jonathan Nolan, la géniale Person of Interest.

Peu de séries peuvent se permettre
le luxe d’une telle réinvention

Les résonances thématiques étaient déjà légion dans les deux premières saisons, et la troisième ne fait que les creuser plus encore. Jusque dans certains emprunts visuels (des interfaces virtuelles par-ci, une fameuse cage d’ascenseur par-là), Westworld semble plus que jamais indissociable de son aînée. La guerre larvée entre Bernard et Dolores évoque directement celle des IA de Person of Interest, la Machine (ici Bernard, attaché aux principes d’humanité inculqués par Robert) et Samaritan (Dolores, glaciale, implacable, bien décidée à éradiquer cette humanité mortifère). Westworld saison 3 donne l’impression que Jonathan Nolan, libéré du cadre corseté du polar procédural de grand network, se met à réécrire ses obsessions avec toute la latitude créative que lui offre HBO.

Peu de séries ont le luxe d’une telle réinvention, et l’on sent le plaisir du showrunner à exploiter pleinement toutes les ressources de sa mythologie. En délaissant ses dédales narratifs et ses décors dépaysants, Westworld prend le risque de laisser une partie de son public sur le bord de la route. Mais l’exigence narrative de la série, sa grandeur formelle (le score de Ramin Djawadi fait encore une fois merveille) et la profondeur de son discours sur l’avenir de l’homme « synthétisé » sont toujours bien présentes et assurent la continuité. Toujours les même plaisirs violents, toujours les mêmes fins violentes.

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