WandaVision sur Disney+

Trois raisons de croire en WandaVision

Après une absence de plus d’un an et demi à cause de la pandémie, le MCU revient avec sa première série télé officielle, WandaVision. S’éloignant de la recette des films de la franchise, ce format s’aventure dans une exploration des codes de la sitcom. Décryptage de deux premiers épisodes prometteurs.

Par Juliette Cordesse

Temps de lecture 5 min

WandaVision

Bande-Annonce

Une nouvelle étape pour le MCU

Treize ans après le début du Marvel Cinematic Universe au cinéma, la franchise géante, dirigée par la seule souris que l’on laisse entrer chez nous, met le cap sur le petit écran. Le MCU fait table rase de son passé télé endossé par d’autres studios – Jessica Jones ou Luke Cage sur Netflix, l’expérimentale Legion sur Fox – pour lancer sa première série « officielle », à domicile, sur Disney+. Dirigée par Jac Schaeffer, scénariste « maison » ayant déjà officié sur Captain Marvel et Black Widow, WandaVision sonne le début d’un nouvel acte, après le cycle bouclé avec plus ou moins de panache par Avengers : Endgame. La mini-série choisit d’y mettre en scène deux personnages familiers mais jusqu’à présent secondaires du MCU : Wanda Maximoff – alias la Sorcière Rouge – et Vision. Apparu dans Avengers : L’Ère d’Ultron, le couple avait souvent été laissé de côté par la dramaturgie. WandaVision le place au centre et en fait son sujet même, puisqu’elle s’engage, aux vues des deux premiers épisodes à disposition (sur neuf au total), dans une étude de la conjugalité à travers les époques, à hauteur de super-héros. Plus détonant encore de la part du MCU, l’objet se présente sous la forme d’une comédie de 30 minutes, et articule son voyage dans la vie à deux à un jeu sur l’évolution des codes de la sitcom, ce genre originel qui témoigne à chaque décennie des évolutions de la société. Malin, très malin de la part de Marvel, qui semble enfin prêt, sous son épais matelas de dollars, à prendre des risques en explorant de nouveaux formats, et à trouver l’audace qui faisait défaut à ses dernières productions ciné.

Une déconstruction originale des codes de la sitcom

WandaVision adopte la forme du pastiche pour épouser le regard de deux êtres anormaux qui cherchent à mener une vie normale. Dès le célèbre logo d’ouverture, la série annonce la couleur, ou plutôt l’absence de couleur, puisque nous sommes dans les années 50, au commencement de la télé américaine, tandis que le deuxième épisode nous transportera dans les années 60. Pour restituer ces années d’après-guerre marquées par la foi dans l’avenir, le productivisme et l’essor de la société de consommation, la série se réfère d’emblée à leur représentation dans la sitcom, forcément idéalisée. Prenant successivement pour modèles les iconiques I Love Lucy, créée dès 1951 par l’explosive Lucille Ball, et Ma Sorcière bien-aimée, adorable comédie domestique sixties, WandaVision leur emprunte leurs petites intrigues cocasses, bigoudis, répliques bienséantes et voisins envahissants. Le procédé est connu, voire rebattu, dans la fiction réflexive des vingt dernières années (disons depuis Twin Peaks en 1990) : on plante un décor bien sous tous rapports, pour mieux en dénoncer l’artificialité et mettre à jour la réalité plus noire qu’il dissimule. De The Truman Show à Loin du Paradis, beaucoup sont déjà passés par là, et pourtant WandaVision trouve sa singularité dans l’identité super-héroïque de ses personnages. Parce qu’ils ont déjà connu mille morts, Wanda et Vision tranchent radicalement avec la vision rassurante et confortable de banlieues américaines aux trottoirs propres et aux bosquets bien taillés, dans laquelle ils tentent pourtant de se réfugier.

Une comédie tragique pleine de promesse

Puisqu’elle adopte un format de comédie, WandaVision s’autorise à être franchement drôle – le comique de situation découlant naturellement du portrait de deux êtres surpuissants dépassés par les choses banales du quotidien. La série investit même l’humour gestuel du splapstick, auquel se prête à merveille le grand corps de Paul Bettany, dans la peau de Vision. La comédie souligne également le décalage entre la force d’une superhéroïne d’aujourd’hui et des modèles surannés : pour mener une vie « normale », Wanda essaye tant bien que mal de réprimer ses pouvoirs, et la série devient un commentaire burlesque sur la manière dont les conventions sociales s’acharnent à étouffer la puissance féminine, vue comme une menace. Finalement, l’apparat de la sitcom illustre le point de vue de deux étrangers aux États-Unis et au bonheur, qui s’appuient sur la simplicité et la perfection factices des images renvoyées par la télévision, et c’est alors que le tragique affleure. Wanda, orpheline, a perdu son frère jumeau puis son amant en la personne de Vision, tué à la fin d’Infinity War. Le voilà revenu, mais le doute s’immisce : et si c’était l’esprit surpuissant de Wanda qui structurait ce lieu où elle peut enfin être heureuse ? Dans les yeux d’Elizabeth Olsen – qui s’amuse à reproduire les dictions et mimiques des époques simulées – la tristesse et la peur viennent régulièrement rompre l’hilarité, tandis que l’intrusion de touches de rouge dans le noir et blanc semble annoncer l’imminence d’un danger. Ces détails formels, comme autant d’eastereggs, finissent par former un mystère à déchiffrer, qui donne farouchement envie de découvrir ce qui se cache de l’autre côté du miroir où Wanda s’est glissée.

WandaVision, actuellement sur Disney+

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