WandaVision sur Disney+

Universe en expansion

En neuf épisodes, WandaVision a reformulé l’esthétique et les enjeux du Marvel Cinematic Universe et régénéré nos sentiments pour la saga. Retour sur les prouesses d’une mini-série charnière dans l’histoire du MCU.

Par Juliette Cordesse

Temps de lecture 10 min

WandaVision

Bande-Annonce

Mi-janvier, on vous donnait nos impressions sur les débuts prometteurs de WandaVision. La mini-série vient de s’achever : neuf épisodes plus tard, sommes-nous toujours épris ? La réponse est oui. L’une des grandes réussites de la série Après le spectaculaire Avengers : End Game en 2019, qui concluait en grandes pompes plus de dix ans d’une saga cinématographique où des dizaines de héros se partageaient le grand écran, voir le MCU se déployer dans une série, qui plus est une sitcom, resserrée sur deux personnages jusqu’alors secondaires dans les films, avait de quoi surprendre. Le premier épisode, en noir et blanc et en format quatre tiers, marquait ostensiblement la rupture, cultivant une légèreté qui tranchait avec la gravité de l’opus précédant. Constamment séparé au cinéma, jusqu’à la mort du robot laissant la sorcière à sa solitude, le duo tragique Wanda et Vision se retrouvait soudain réuni et transfiguré en couple de comédie. Au centre d’une double intrigue à la fois domestique et plus classiquement super-héroïque, les acteurs Elizabeth Olsen et Paul Bettany trouvaient enfin l’espace pour montrer toute l’étendue de leur talent. Face à ce changement de paradigme, l’étonnement a vite cédé la place à la curiosité, puis à la fascination pour les facettes les plus réflexives de la série. Certes, on peut regretter, en bout de course, que les rebondissements attendus d’une super-production Marvel aient quelque peu fini par supplanter le plus atypique portrait de couple. Mais on remercie surtout WandaVision de nous avoir rappeler pourquoi on aimait tant le MCU… Tout en nous montrant comment on pouvait l’aimer encore plus.

Nostalgie fédératrice et besoin de changement

Hybridation réussie entre le ton familier d’une sitcom populaire et la chronologie mystérieuse d’un high concept, WandaVision réussit le tour de force de faire exister l’ampleur du MCU à l’intérieur d’un format de poche – 9 épisodes de 30 minutes centrés sur deux personnages. Le couple s’installe dans la petite ville de Westview, mais très vite l’horizon s’élargit et des figures connues débarquent : l’agent Woo de Ant-Man, la Darcy de Thor, ou encore Monica Rambeau, la fille de Maria Rambeau, aperçue toute petite dans Captain Marvel… L’arrivée d’éléments du MCU dans la vie sous cloche de Wanda et Vision a pour premier effet d’ouvrir le jeu des théories : ainsi chaque épisode a-t-il apporté son lot de vidéos, articles et autre podcast explicatif, chacun y allant de ses déductions, et tout le monde renouant avec le plaisir de s’imaginer et de débattre 1001 possibilités, des plus improbables aux plus justes. La manière dont WandaVision replace les pions sur l’échiquier a réveillé une excitation individuelle et collective un peu émoussée par l’accumulation des films, et la série met cette énergie fédératrice au profit de nouvelles potentialités. Les visages familiers donnent l’impression d’être à la maison, mais les personnages choisis, plutôt des faire-valoir dans les films précédents, incarnent une nouvelle donne. Plus de femmes, plus de personnes racisées… Wanda et Vision eux-mêmes, historiques mais subalternes du MCU, transportent à la fois un air de nostalgie et un goût de nouveauté. Porte d’entrée vers le futur, WandaVision réussit à combler en un seul geste le manque de l’époque précédente et l’envie – la nécessité ? – de passer à autre chose.

Série-refuge et antichambre du cauchemar  

Et si le MCU avait toujours été une série, avec tout ce que ce format a de rituel et rassurant ? Souvent critiquée, et pas toujours à tort, pour son univers sans conséquence, ses intrigues répétitives et ses méchants oubliables, la saga super-héroïque a créé avec son public un attachement d’ordre sériel, qui explique qu’on y retourne encore et encore, malgré les défauts. Avec WandaVision, le MCU semble enfin assumer cette appartenance à un modèle de production qui se rapproche plus de la série que du cinéma, et cet alignement est intégré à l’histoire, puisque Wanda et Vision évoluent dans l’esthétique de différentes sitcoms à travers le temps. En assumant doublement sa nature sérielle, mise en abîme sous la forme d’un hommage à la comédie télé familiale, le MCU joue habilement sur deux tableaux. De la série, il endosse d’abord le caractère refuge, mais c’est aussi pour  révéler ce qu’elle peut véhiculer de politique, y compris sous sa forme en apparence la plus bégnine. Rescapée d’un pays de l’est fictif ravagé par les armes américaines, Wanda aspire à la routine simple et heureuse d’une sitcom, où elle tente de fondre son étrangeté (même si l’accent qu’elle essaye de dissimuler transparaît dans plusieurs répliques). Pourtant un flash-back nous révèle à quel point ce rêve éveillé est indissociable du cauchemar : celui d’une petite fille qui, la nuit où la bombe américaine de Stark Industry détruisit sa maison, resta deux jours entiers cachée sous un lit avec son frère jumeau, bercée par le Dick Van Dyke show qui passait à la télé. Les séries américaines réconfortent pendant que les armes américaines détruisent, et c’est une sitcom produite par Marvel pour Disney+ qui nous le dit : on laissera à chacun le soin de démêler les nœuds politiques et moraux complexes de ce discours à multiple fond.

Les super-héros sont endeuillés  

Jamais avant WandaVision les personnages du MCU n’avaient eu tant d’espace pour exprimer leurs peines, leurs doutes et leurs ambiguïtés. En s’intéressant enfin à Wanda, personnage tragique qui a perdu son frère jumeau avant de devoir de tuer son amant de ses propres mains dans Infinity War, la franchise d’action se mue en drame intimiste sur le deuil. La majorité des épisodes font fi des scènes d’action bourrines pour juste laisser les larmes couler et les mots glisser, et le public est embarqué. « But what if grief, if not love persevering? » (en VF : Qu’est-ce le deuil, sinon l’amour qui persévère ?) : prononcée par Vision, cette réplique de l’épisode 8 a beaucoup circulé sur Internet, preuve que le registre de l’émotion provoque l’adhésion, et que c’est peut-être même de cela dont on avait besoin pour continuer à nous accrocher au wagon Marvel. Plus de sentiments, mais aussi plus d’épaisseur psychologique. Tour à tour heureuse, dévastée, méchante ou héroïne : dans WandaVision, Wanda devient l’un des personnages les plus versatiles et nuancés du MCU. Ce n’est pas seulement notre intérêt qui est relancé par cet effort de caractérisation : c’est aussi notre attachement qui s’en trouve amplifié, par un mécanisme d’empathie qui fait que les vertus thérapeutiques de la série fonctionnent à la fois pour Wanda et pour nous. Le MCU semble avoir compris que nous n’avons pas seulement besoin de nous divertir avec ses personnages, mais aussi de souffrir et de grandir avec eux. La suite au prochain épisode.

WandaVision est disponible sur Disney+

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