Umbrella Academy (saison 2)
L’apocalypse collée à la peau

Fortes du succès de la première saison, Umbrella Academy et sa famille de super-héros reviennent, et c’est toujours aussi réjouissant. Les ingrédients de cette saison 2 ? Un peu de politique, et un grand voyage dans le temps.

Par Paul Gombert

Temps de lecture 5 min

Umbrella Academy saison 2

Bande Annonce

La fin du monde, acte 2. Un an et demi après la fin de la saison précédente, qui les avait laissés démunis face à l’apocalypse qu’ils avaient eux-mêmes engendrée, les membres de l’Umbrella Academy sont de retour. Et ça ne va pas mieux. En pensant pouvoir annihiler la catastrophe en cours grâce à un voyage spatio-temporel de la dernière chance, voilà que Cinq, Vanya, Klaus et les autres se retrouvent confrontés à un nouveau péril, nucléaire celui-là. Et ce quelques décennies auparavant, au début des années 60.

Le décor change – nous voici à Dallas, épicentre de cette nouvelle saison –, mais la recette reste la même : une ration d’action minutieusement dosée dans chaque épisode, une fratrie dont les membres ne se lassent pas de jouer à ʺfuis-moi je te suisʺ, des scènes gorgées de grand spectacle et de slow motion, et une musicalité pop-rock qui vient sans cesse à l’appui d’une mise en scène bien calibrée. La formule est invariable, attendue même, et pourtant on jubile à chaque fois. Impossible de bouder son plaisir face aux cascades et autre prouesse magique de la famille Hargreeves, surtout quand elles sont accompagnées d’I Was Made For Lovin’ You de Kiss, d’Everybody des Backstreet Boys, ou d’une reprise du Bad Guy de Billie Eilish…

Mais si l’on s’amuse autant devant Umbrella Academy, ce n’est pas uniquement parce qu’elle est bien emballée : sous la surface excitante, la série puise sa force dans sa galerie de personnages truculents, cette famille « attachiante » qui a fait sa popularité. Dans cette saison encore, le créateur de la série Steve Blackman brosse avec soin le portrait de ce petit clan. On raffole de leur excentricité et de leur bonne humeur communicative, on peste contre leurs caprices et leurs décisions irréfléchies… Bref, on veut faire partie de la famille, aussi dysfonctionnelle soit-elle. Et l’on finit toujours par excuser les (nombreux !) écarts de conduite de nos sept frères et sœurs fictionnels.

« Umbrella Academy assume sa nature de pur divertissement et ne prétend jamais devenir un porte-drapeau télévisuel »

De ce point de vue, cette saison n’est pas de tout repos : chaque rejeton Hargreeves se voit en effet affublé de sa propre side story, soit autant d’occasions de n’en faire qu’à sa tête. Ces intrigues annexes sont inégales : les aventures de Klaus (Robert Sheehan), qui se retrouve malgré lui leader d’une secte hippie, ou celles de Luther (Tom Hopper), qu’on découvre un temps boxeur clandestin, font par exemple pâle figure face à la trajectoire d’Allison (Emmy Raver-Lampman), devenue activiste au sein d’un mouvement de lutte pour les droits civiques. Lorsqu’elles viennent croiser la trame principale, ces routes secondaires donnent parfois l’impression de ralentir la circulation narrative de la série. Et pourtant… le temps passé avec chacun apporte à la caractérisation un relief et une épaisseur qui renforcent encore un peu plus notre lien émotionnel avec les personnages, et à travers eux avec la série toute entière.

Ces à-côtés scénaristiques permettent aussi à Umbrella Academy de se politiser gentiment : le show aborde tour à tour l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy (Diego, interprété par David Castañeda, souhaite à tout prix sauver la vie du président), la ségrégation raciale encore en cours à l’époque (qui résonne inévitablement avec l’actualité immédiate des manifestations du mouvement #BlackLivesMatter) et l’homophobie sous-jacente au cœur de l’Amérique texane. Certes, on est loin de la puissance d’une série comme Watchmen, qui a démontré récemment que les histoires de super-héros pouvaient être porteuses d’un propos radicalement politique.

Terrain de jeu spatio-temporel avant tout, Umbrella Academy assume sa nature de pur divertissement et ne prétend jamais devenir un porte-drapeau télévisuel. En intégrant des sujets sociétaux, même au second plan, elle prouve néanmoins qu’elle n’est pas aveugle au monde réel qui l’entoure. Et en explorant plus spécifiquement ce moment crucial de l’histoire et de la fiction américaines contemporaines qu’est Dallas en 1963, la série fait un pas modeste dans la cour des grands. Sans perdre son caractère juvénile et son irrépressible envie de jouer.

Umbrella Academy (saison 2), à partir du 31 juillet sur Netflix

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