The Great

Impéractrice

Le talent d’Elle Fanning éclabousse The Great, récit frais et caustique du mariage
impérial entre le Tsar Pierre III et la prussienne Catherine II dite La Grande.
À découvrir sur STARZPLAY à partir du 18 juin.

Par Quentin Moyon

Temps de lecture 5 min

The great

Bande Annonce

The Great brosse le portrait de Sophie Frédérique Augusta d’Anhalt-Zerbst. En 1744, âgée d’à peine 16 ans, elle quitte difficilement ses terres de Poméranie, une région côtière du sud de la mer Baltique, pour être mariée au Tsar Pierre III de Russie. Insouciante mais cultivée, fervente croyante dans les valeurs d’égalité et de liberté… L’idéaliste jeune fille va tomber de haut. Confrontée à un univers dépravé, celle que l’on nomme désormais Catherine II se raccroche à la nostalgie de son enfance, avant de passer à l’ambition de faire changer les choses. C’est le début d’une lutte pour mettre la main sur le clergé orthodoxe, l’armée, la Cour, et se débarrasser d’un obstacle imposant… son barbare de mari.

Le coup de génie du créateur de la série Tony McNamara, c’est d’avoir offert le rôle de cette jeune fille puissante à Elle Fanning, qui incarne elle-même, au sein du royaume hollywoodien, un alliage de fraîcheur et de détermination. À travers son visage encore enfantin de star planétaire, associé à celui, tout aussi contemporain, de Nicholas Hoult, qui joue son Tsar de mari, The Great se place dans un jeu de résonnance entre Histoire et modernité. Pas étonnant de la part de Tony McNamara, qui avait co-écrit le scénario de La Favorite, de Yorgos Lanthimos, film en costumes qui cassait déjà les codes du genre (et dans lequel on pouvait également voir Nicholas Hoult).

« The Great est ainsi bien plus qu’une satire. C’est aussi un véritable récit d’apprentissage »

L’auteur se fait ici producteur et réalisateur pour fabriquer une nouvelle fable décapante et rafraîchissante, qui évoque aussi Marie-Antoinette de Sofia Coppola. L’affiche de la série, sur laquelle Elle Fanning en perruque nous adresse un doigt d’honneur, donne le ton. La réalisation très rock’n’roll ajoute une coloration encore plus acidulée aux caquetages de cour. Cet aspect corrosif est notamment illustré par le comique de répétition. L’itératif jet des verres de vodka, qui ne doivent servir qu’une seule fois, est parfaitement dosé, sans jamais devenir lourd. Cet effet de style détourne avec finesse la pesanteur des traditions qui foisonnaient à l’époque impériale, et les comédiens se font un plaisir de donner au ridicule de la situation un aspect solennel. Car à ce jeu-là, l’interprétation est primordiale. Nicolas Hoult, en empereur à qui il manque une case, et Elle Fanning, en adolescente effarouchée qui se transforme peu à peu en femme de pouvoir dominatrice, sont drôles et justes.

Surnommée La Grande mais également la Tsarine aux Mille amants, Catherine II, en découvrant le pouvoir, découvre aussi sa sexualité. Brutale et dénuée de romantisme avec le Tsar, elle devient douce et passionnelle avec son amant… Grande femme d’état mais également grande amoureuse, ici l’un ne va pas sans l’autre, comme le souligne avec subtilité le compositeur Nathan Barr avec le morceau Leo Vronsky, qui fait référence à l’amant d’Anna Karénine. Cet anachronisme – le roman de Tolstoï ayant été publié plusieurs années après le règne de Catherine II -, souligne tout à la fois le caractère enflammé du personnage, l’aspect punk d’une série qui se rit des conventions historiques, et la volonté de rendre hommage à la culture russe.

Car dans The Great, tout n’est pas que moqueries et babillage. Religion, traditions et conflits historiques sont aussi à l’honneur de cette série qui s’attèle à dresser un portrait assez juste de la cour impériale de l’époque, et de donner à voir une culture que Catherine II elle-même se devra d’incorporer pour pouvoir mener à bien ses objectifs. The Great est ainsi bien plus qu’une satire. C’est aussi un véritable récit d’apprentissage, dans lequel l’adolescente jouée par Elle Fanning apprend à devenir une femme, doublé du portrait d’une des figures historiques féminines les plus puissantes de l’Histoire. Maîtrisant toutes les facettes de ce personnage intimidant, passant allégrement du premier au second degré, Elle Fanning s’amuse et impressionne. La Grande, c’est elle.

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