The act, Mal de mère

La première saison de la série d’anthologie The Act, disponible ce 4 mai sur Polar+ et MyCanal,
met en scène Patricia Arquette dans l’histoire vraie de Dee Dee Blanchard, une femme
qui rendait sa fille malade pour se sentir exister. Glaçant.

Par Quentin Moyon

Temps de lecture 5 min

The act

Bande Annonce

En 2015, dans l’Amérique profonde, Gyspy Rose Blanchard, 24 ans, orchestra l’assassinat de sa mère, Dee Dee Blanchard, qui exerçait sur elle, depuis sa plus tendre enfance, un mélange de manipulation psychologique et de maltraitance physique. Dans la première saison de The Act, nouvel avatar de la mode des anthologies « true crime », la journaliste Michelle Dean et le producteur Nick Antosca fictionnalisent ce fait divers sordide et confient à Patricia Arquette la tâche particulièrement ardue d’incarner la figure maternelle toxique.

Avec Sharp Objects et The Politician, The Act s’inscrit dans une vague de fascination de l’industrie sérielle pour le syndrome de Munchhaüsen par procuration (« by proxy », comme disent les Américains), forme grave de maltraitance par laquelle un parent provoque à dessein des problèmes de santé chez son enfant afin d’attirer l’attention et la compassion, notamment du corps médical. Pendant des années, Dee Dee Blanchard persuade ainsi sa fille Gypsy qu’elle souffre ni plus ni moins de dystrophie musculaire, de leucémie, d’asthme et d’une perte croissante de la vue et de l’ouïe. Ces allégations totalement infondées assurent à Dee Dee, en plus des revenus issus des caisses de santé, le sentiment d’exister aux yeux des autres, et même de passer pour une mère courage.

« la prestation de Joey King, vue précédemment
dans Fargo et ici métamorphosée en
adulescente infirme, est remarquable. »

En huit épisodes, le récit met en tension le besoin de reconnaissance de Dee Dee, conditionné au maintien de sa fille dans un état de dépendance, et celui de Gypsy, qui elle, devenue jeune adulte à l’aube de sa sexualité, aspire de plus en plus à couper le terrible cordon. Mais le désir est biaisé dans les deux sens : l’impression d’importance de Dee Dee n’est obtenue que par procuration, et les espoirs de Gypsy, enfermée dans le délire de sa mère, sont illusoires. Leur duo est sans issue, comme en témoigne entre les lignes l’utilisation du morceau Bonnie and Clyde de Serge Gainsbourg, autre couple d’inséparables au destin funeste. Le fatalisme latent nous enferme dans un climat d’oppression. Visuellement, ce sentiment d’étouffement est appuyé par le choix des plans rapprochés et le manque d’indices spatio-temporels qui nous laissent perdus, sans repère, à l’image de ces deux femmes, qui survivent plus qu’elles ne vivent. Dommage cependant que la série ne se concentre pas exclusivement sur le point de vue de Gypsy : on y aurait encore gagné en immersion. D’autant plus que la prestation de Joey King, vue précédemment dans Fargo et ici métamorphosée en adulescente infirme, est remarquable.

Mais la priorité est donnée à la description de la relation mère-fille, dans toute sa complexité et sans aucun manichéisme, ce qui nécessitait de décrire au mieux l’expérience respective des deux personnages. Cette réciprocité permet d’offrir aussi à Patricia Arquette matière à livrer une performance d’actrice consistante et de confirmer son goût récent pour les personnages odieux. Après Escape at Dannemora, où elle était méconnaissable en employée de prison, l’actrice a obtenu un autre Golden Globe plus un Emmy Award pour ce nouveau contre-emploi transformiste. Sous les traits chargés de Dee Dee, elle est d’une justesse glaçante.

The Act, saison 1, disponible sur Polar+ et MyCanal

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