Tales From the loop

Tales from the loop, disponible le 3 avril sur Amazon Prime Video, est sans le savoir
ce dont nous avions besoin maintenant : une série profonde et poétique
qui nous pousse en douceur à laisser sortir nos émotions,
aussi confinées que nos corps.

Par Perrine Quennesson

Temps de lecture 5 min

Tales from the loop

Bande Annonce

Des anthologies en séries, ce n’est pas ce qui manque depuis quelques années. Du revival de La Quatrième dimension au reboot d’Amazing Stories en passant par Love, Death and Robots, l’ensemble de court-métrages d’animation produit par David Fincher, elles cherchent toutes, avec plus ou moins de bonheur, à décrocher le coup de chapeau critique et public de Black Mirror. Pourtant, la série de Charlie Brooker elle-même, récupérée par Netflix, commence à montrer des signes d’essoufflement dans la course au bizarre science-fictionnel, au technologique flippant et autre twist plus ou moins bien senti. Avec Tales from the loop, Amazon jette un pavé dans la mare, aussi doux que blessant, et permet au genre de reprendre sa respiration.

Créée par Nathaniel Halpern, notamment scénariste de Legion, et produite par les cinéastes Matt Reeves et Mark Romanek, Tales from the loop est sûrement la première série inspirée de peintures. Celles de l’artiste suédois Simon Stålenhag, qui voient des constructions futuristes fascinantes s’incruster dans des paysages scandinaves froids et bleutés. Cette esthétique, transposée dans une petite ville imaginaire du nord des États-Unis, offre un spectacle à la fois inattendu et méditatif, ni tout à fait étranger, ni tout à fait familier, pour une ambiance SF très low fi. Dans cette bourgade se trouve The Loop, la Boucle, une mystérieuse machine souterraine, pour laquelle une partie des habitants travaillent comme ils iraient à l’usine. On ne sait pas réellement comment The Loop fonctionne (et quel intérêt de le savoir, vraiment?), mais cet engin semble rendre l’impossible possible pour les quidams du coin. Ainsi, chaque récit se concentre sur un résident, que l’on a déjà croisé en arrière-plan d’un précédent épisode, et nous montre comment le Loop a influencé, voire modifié sa vie.

« Loin de l’esbroufe et du malaise,
Tales from the loop fait le pari de l’émotion »

Reprenant les motifs classiques de la science-fiction qu’elle s’amuse à détourner, à déconstruire et à magnifier, la série bondit de mondes parallèles en voyage dans le temps, quand elle ne l’arrête pas à l’occasion… Mais plus qu’un essai sur l’essence d’un genre littéraire et cinématographique, Tales from the loop s’évertue plus que tout à en décortiquer un autre, de genre : l’humain. Et c’est peut-être là sa véritable innovation. Loin de l’esbroufe et du malaise, elle fait le pari de l’émotion, et nous transporte vers cette grande inconnue qu’est notre psyché. À l’instar des contes qui donnent son titre à la série, chaque histoire se présente comme une leçon de vie qui met en jeu nos questionnements les plus personnels, la quête du bonheur et de l’amour ou la résolution d’un trauma profondément enfoui, et nous invite à regarder en face ce que notre Moi renferme d’égoïsme, de douleur, de peur ou de naïveté. Pour qui accepte de laisser son scepticisme à la porte de The Loop, la série fera l’effet d’un grand huit émotionnel étrangement apaisant, tant son rythme doux tranche avec le déferlement d’images auquel nos regards sont habitués.

La réussite de cette thérapie poétique collective doit beaucoup au choix des réalisateurs et réalisatrices, des pointures issues du monde de la série et du cinéma. Jodie Foster qui, après House of cards, Orange is the new black et Black Mirror, se spécialise décidément dans les séries ; Mark Romanek, dont on avait adoré le poignant Never Let me go ; ou encore le petit prodige venu de l’horreur Ti West (Wayward Pines, The House of the Devil)… Chacun parvient à apporter à la série une touche personnelle sans nuire à la belle harmonie de l’ensemble. La palme revient à Andrew Stanton : le réalisateur de Wall-E signe avec l’épisode 4 l’un des plus grands crève-cœurs audiovisuels de mémoire récente.

Le 3 avril sur Amazon Prime Video

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