5 séries british sur Arte.tv
L’heure d’Arte

Arte a décidé d’étoffer l’offre séries de sa plateforme Arte.tv. Une stratégie qui démarre dès le mois d’octobre avec une première salve de nouveautés, qui fait la part belle à la crème des séries britanniques récentes. Explications avec Alexandre Piel, directeur adjoint de la fiction de la chaîne franco-allemande.

Par Perrine Quennesson

Temps de lecture 5 min.

Inside No.9, The Virtues, Ill Behaviour, Stag et A Young Doctor’s Notebook dès le mois d’octobre ; The Detectorists, Criminal Justice et Mum d’ici la fin de l’année… Arte inaugure sa nouvelle stratégie digitale avec une sélection de séries britanniques encore inédites de ce côté-ci de la Manche. Repérées dans les festivals (The Virtues avait décroché le Grand Prix à Séries Mania en 2019) – ou par des moyens moins légaux pour les sériephiles les plus acharnés –, ces petites perles étaient très attendues en France, mais ne semblaient pas trouver le bon écrin.

Leur quête de diffuseur a croisé les attentes d’Arte.tv, qui cherchait à renforcer son offre pour faire face aux géants du streaming, mais en privilégiant la qualité sur la quantité. Ainsi, à l’inverse de Netflix ou d’Amazon, dont la politique consiste à proposer des nouveautés constantes quitte à ce qu’elles finissent noyées dans la masse, Arte.tv a opté pour une approche plus pointue. La plateforme, déjà alimentée par le replay et des contenus en avant-première, proposera désormais des classiques de la chaîne en deuxième fenêtre (comme Ainsi soient-ils, d’ores et déjà en ligne), et surtout des sélections thématiques de nouvelles séries triées sur le volet, souvent inédites, mises à dispositions gratuitement pour une période allant de six mois à un an. L’objectif ? Que ces fictions, diffusées en exclusivité sur Arte.tv, donnent à la plateforme son indépendance et lui permette de faire souffler l’esprit de la chaîne franco-allemande auprès un public différent, plus jeune éventuellement. « Nous ressentions comme une injustice de voir passer entre nos mains beaucoup de séries sur lesquelles on avait des coups de cœur mais qu’il était parfois compliqué, pour telle ou telle raison, de diffuser sur l’antenne », poursuit Alexandre Piel.

En faisant d’Arte.tv un acteur a part entière de sa politique de programmation, Arte s’offre les moyens de lever les problèmes de format ou de ligne éditoriale qui empêchent certaines séries de trouver leur place en linéaire, sans perdre de vue son cœur de métier : « De la série européenne, avec des visions d’auteur très engagées », résume le représentant de la chaîne. Ainsi Arte.tv pourrait-elle devenir the place to be pour qui veut découvrir ce qui se fait de nouveau – et de meilleur – dans le paysage sériel européen. C’est en tout cas ce que laisse présager cette première livraison de séries anglaises (un deuxième cycle consacré aux séries éclipsées par leur remake, où l’on pourra notamment découvrir le House of Cards original, sera lancé en parallèle courant octobre). À la fois cohérentes et singulières, ces œuvres forment un panorama de la production britannique de ces dernières années, à l’attention d’un public français particulièrement friand du genre. C’est d’ailleurs parce qu’elle a constaté que la Grande-Bretagne marchait très fort à l’antenne dans sa case du jeudi soir, consacrée aux séries étrangères, qu’Arte l’a choisie pour inaugurer sa nouvelle offre Arte.tv. « Les Britanniques ont une production foisonnante et varié, s’enthousiasme Alexandre Piel. Leurs séries mélangent humour, causticité, horreur… Elles sont parfois drôles et parfois macabres. Elles ont une originalité, une singularité à nulle autre pareille. ».

Cet esprit typiquement british, iconoclaste et corrosif, est le fruit d’une longue tradition sérielle, qui va de Doctor Who à Downton Abbey en passant par The Office ou Little Britain. En donnant un coup de projecteur à des séries plus récentes, Arte.tv nous permet d’apprécier la manière dont ce savoir-faire anglais s’est exprimé durant les années 2010. De nouveaux talents ont explosé aux yeux du monde, comme Steve Pemberton et Reece Shearsmith, le duo de l’anthologie drôle et glauque Inside No.9 ; Shane Meadows, portraitiste tendre mais sans concession de l’Angleterre du passé récent dans The Virtues ; ou encore l’habile marionnettiste de Stag Jim Field Smith, qui se joue des codes et des genres cinématographiques et sériels. Qu’elles soient d’un réalisme cru ou complètement perchées, leurs œuvres et celles de leurs camarades ont en commun, outre le proverbial décalage anglais, une volonté de résilience à tous crins. On y rit jaune, on y pleure à chaudes larmes, ou l’on s’y laisse traverser par un frisson dans l’échine, mais à chaque fois elle nous surprennent par leur puissance cathartique, comme si elles savaient qu’on avait besoin de la fiction pour continuer d’y croire. En ces temps incertains, il est plus que jamais temps de les (re)découvrir.

NOTRE SÉLECTION :

INSIDE NO.9

Loufoque, cruelle, nonsensique, émouvante, complètement folle : les adjectifs ne manquent pas pour qualifier la série du duo de scénaristes et d’acteurs Steve Pemberton-Reece Shearsmith. Dans cette anthologie à l’humour très noir, tous les épisodes, indépendants les uns des autres, se déroulent au n°9 (d’une maison, d’une loge, d’une cabine de train…), où surviennent des intrigues absurdes, parfois à la lisière de l’horreur. En 30 minutes, les auteurs nous donnent à chaque fois une leçon d’écriture et de mise en scène.

THE VIRTUES

Grande gagnante de Séries Mania en 2019, la mini-série du talentueux Shane Meadows, à qui l’on doit déjà This is England et Somers Town, est un coup de poignard dans le cœur. Impudique sans jamais tomber dans le voyeurisme, cette œuvre très personnelle, à la sensibilité à fleur de peau, nous embarque aux côtés d’un homme au bord du précipice, qui revient sur les traces de son passé, pour mieux comprendre pourquoi il est en morceaux. Une grande série sur le traumatisme et la reconstruction, portée par un Stephen Graham grandiose.

STAG

Pas étonnant que Stag soit née dans la patrie qui a aussi engendré les films d’Edgar Wright et la série Dead Set. Rire et peur se mélangent dans cette histoire d’enterrement de vie de garçon qui tourne au règlement de comptes sauvage. Signée Jim Field Smith, qui mélangeait déjà comédie et thriller dans l’excellente The Wrong Mans, et portée par quelques-uns des acteurs britanniques les plus prometteurs du moment, Stag peut se résumer en un mot : jouissive.

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