Search Party saison 4 sur OCS

Recherche réseau désespérément

Search Party, saison 4 :  depuis 2016, la « petite » série discrète suit les errances de quatre hipsters connectés mais difractés, pour mieux tirer le portrait de notre époque digitale et de nos identités multiples. Introspective, drôle, grinçante : si vous n’êtes pas déjà fan, il est encore temps de vous rattraper.

Par Perrine Quennesson

Temps de lecture 05 min

Search Party – Saison 4

Bande-Annonce

Vous aussi vous en avez marre des hipsters ? Ceux qui étalent leur vie en apparence parfaite sur Instagram et qui semblent décider à coup de hashtags bien sentis ce qui est tendance ou ce qui ne l’est pas ? Alors Search Party est faite pour vous. Un peu passée sous le radar de la hype (un comble !), la série créée par Sarah-Violet Bliss, Charles Rogers, and Michael Showalter, qui entame déjà sa quatrième saison, mérite qu’on s’y attarde, si ce n’est pas  déjà fait. Et d’abord parce que cette satire de l’écosystème que constitue l’internationale hipster agit comme un défouloir pour ceux que cette tribu surlookée, rayonnante d’un bien-être factice, irrite au plus haut point. Search Party suit quatre spécimens new-yorkais : Dory, l’égoïste torturée ; Elliott, le sniper gay des réseaux sociaux ; Portia, la wannabe actrice simplette ; et Drew, l’intello couard. Des jeunes privilégiés, tout juste diplômés de l’université, ayant un avis sur tout, outrageusement superficiels, et dont le dilemme quotidien consiste à choisir le restaurant pour leur prochain brunch. Insupportables et cringe à souhait, comme le veut l’anglicisme pour qualifier quelque chose ou quelqu’un qui nous fait grincer des dents.

Sauf que la série s’emploie à dynamiter leur petite vie traversée par de « graves » problèmes de riches quand Dory, confrontée dans la saison 1 à la disparition d’une vague camarade de classe, plonge dans une crise existentielle et embarque ses amis dans une enquête dont le véritable but est moins de retrouver Chantal que de se donner bonne conscience. Ce qui devait être une mission de rescousse finit par tourner à la catastrophe morbide, et pour être honnête, il y a une délectation certaine à voir nos anti-héros plonger en piqué dans ce Petits meurtres entre amis sauce Big Apple, contraints pour la première fois de leur vie d’apprendre à composer avec les conséquences de leurs actes.

Mais Search Party serait un peu limitée si elle se contentait de ce petit plaisir sadique. Si la série s’impose comme l’une des meilleures des dernières années, c’est en dépassant le jeu de massacre revanchard. Comme son titre l’indique, elle nous entraîne dans une quête. Une quête de soi. Au fil des saisons, Dory, Elliott, Portia et Drew évoluent, leurs personnalités se complexifient. La gestion de crise perpétuelle et leur sentiment de culpabilité les obligent à passer de la 2D idéalisée de leur écran de téléphone à la 3D de la vie réelle. Alors qu’ils se révèlent, notre regard sur eux change : la moquerie s’efface, et c’est l’identification qui prend sa place. Grâce au casting porté par Alia Shawkat (que l’on aime depuis Arrested Development), mais aussi les excellents John Early (Elliott), Meredith Hagner (Portia) et John Reynolds (Drew), les caricatures s’humanisent et l’on finit par s’y reconnaître. Au fond, nous ne sommes pas si différents d’eux, et ce sont nos propres coquilles vides d’homo digitalis que la série épluche de plus en plus cruellement, comme des oignons, révélant couche après couche ce qui les compose, de l’image que l’on renvoie à ce qui se cache au plus profond de nous-mêmes, parfois à notre insu.

« Si la série s’impose comme l’une des meilleures des dernières années, c’est en dépassant le jeu de massacre revanchard. »

La multiplicité de nos identités, Search Party la met littéralement en scène dans sa propre évolution formelle et narrative. Créée par pour la chaîne américaine TBS, spécialisée dans la comédie, elle a été récupérée à partir de la troisième saison par la plateforme HBO Max, à l’ambition plus hybride. D’un diffuseur à l’autre, Search Party la bien nommée est en perpétuelle expérimentation. De la même manière qu’elle s’amuse des strates identitaires de ses personnages, elle joue avec différents genres cinématographiques, chaque saison décortiquant et détournant l’un d’entre eux, du thriller au drame psychologique en passant par le film de procès. Dans cette saison 4, c’est l’horreur façon Misery et Psychose qui prédomine, et permet à la série de pousser son propos à son paroxysme : dans une scène marquante, on y voit quatre Dory, une pour chaque saison, entrer dans le cadre pour ne plus en former qu’une, et l’on expérimente visuellement l’intrinsèque multiplicité de nos êtres. Search Party agit alors comme un miroir. Un miroir pas forcément agréable, qui nous obligerait à accepter notre propre pluralité et, donc, nos parts d’ombre. Mais aussi à comprendre qu’il en est de même pour tous ceux qui nous entourent.

Chacun est unique… comme tout le monde. Avec cette leçon certes un peu brutale, Search Party fait un sort à notre époque. Quand Elliott renie ses idéaux démocrates et son homosexualité pour avoir une place sous les spotlights d’une chaîne de télévision réac, quand Portia est prête à tout pour percer au cinéma même à jouer dans un film qui se moque ouvertement d’elle et de ses amis, ou même quand Chantal disparaît pour se faire remarquer, la série s’en prend violemment à ce siècle basé sur le culte de soi, la quête vaine de reconnaissance et le désir de lissage à tout crin. À un temps qui préfère fermer les yeux et éradiquer ce qui le dérange, plutôt que de le regarder en face, d’en comprendre les nuances et de progresser. Grâce à son humour caustique et ses petites phrases efficaces, la série tire ainsi la sonnette d’alarme pour dénoncer un monde qui a laissé le paraître l’emporter sur l’être et l’ironie dominer, au risque de ne plus savoir ce qui est grave ou non. Une cinquième et dernière saison est en préparation, et vu l’état de la société, on a hâte de découvrir ce qu’elle nous réserve… D’ici là, on ne saurait trop conseiller aux retardataires de rattraper les précédentes.

Search Party, saison 4, est actuellement disponible sur OCS

Voir aussi

The Bee Gees: How Can You Mend a Broken Heart (disponible en DVD et Blu-Ray)

FilmsSoundtrack
17 mars 2021

Documentaire musical

Soundtrack

The Bee Gees: How Can You Mend a Broken Heart se démarque en s’attaquant au cœur du sujet : la fabrication de ces pop songs qui traversent le temps, l’instant…

En salle

Films
3 juin 2021

The Amusement Park de George A. Romero

Sélection

Un nouveau film de George A. Romero ? The Amusement Park, cuvée 1973 et resté inédit, sort en salles cette semaine. Ici pas de morts-vivants, mais une satire bien saignante…