MOONBASE 8, SPACE FORCE, AVENUE 5…

De la terre à l’ennui

Les comédies spatiales ont le vent en poupe, mais il y a un hic : elles ne sont pas vraiment drôles. Alors que Moonbase 8, un nouvel avatar du genre, débarque sur Canal+, on essaye de comprendre ce qui empêche ce genre de décoller.

Par Perrine Quennesson

Temps de lecture 5 min.

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Fini l’aventure spatiale débordante d’enthousiasme façon Star Wars ou Star Trek. Depuis Gravity en 2013, l’espace est froid et les astronautes sont déprimés. Du film d’Alfonso Cuarón à Interstellar, en passant par Ad Astra, First Man, Proxima et les autres, l’ambiance n’est plus à l’esprit de conquête, mais au doute et à l’introspection. La Terre va mal ? Cherchons la porte de sortie, même si nous ne sommes pas sûrs que l’humanité le mérite. Et la télé d’emboîter le pas au vague à l’âme ciné, avec Away, The First ou même le reboot torturé de L’Etoffe des héros. En déclinant la mode des fictions spatiales sur un ton rigolo, les récentes Space Force et Avenue 5, aujourd’hui rejointes par Moonbase 8, devaient atténuer cette soupe à la grimace. Comme si les scénaristes avaient anticipé qu’on serait tous en télétravail cette année, elles promettaient de donner un peu de large à la comédie de bureau. Et 2020 semblait le moment idéal pour prendre du recul avec la mythologie de la conquête et rire des délires mégalos de l’humanité. Sauf qu’on ne rit pas. Reste à savoir pourquoi.

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Un problème d’équipage

Et si c’était une erreur de casting ? Les comédies spatiales se sont offert les meilleurs auteurs comiques en activité, mais aucun ne semble très à l’aise avec le genre. À la tête de Space Force, Greg Daniels déplace The Office sur une base militaire dédiées aux opérations spatiales ultra-secrètes de l’administration Trump, et Steve Carell, toujours de la partie, parodie Michael Scott. Résultat : pas marrant. Idem pour Armando Iannucci, papa de la brillante Veep, qui enfile les poncifs dans Avenue 5, où Hugh Laurie, en capitaine d’un vaisseau, n’en finit plus d’être hautain comme seul ressort comique. Les deux scénaristes semblent d’être trompés de projet : on aurait mieux vu Iannucci, le maître des dialogues politiques à l’acide, aux commandes de Space Force ; et Daniels, le roi de la sociologie des groupes, à celles d’Avenue 5. Quant à l’humour à froid de Fred Armisen, qui faisait des merveilles dans Portlandia, le voilà tout ramolli dans Moonbase 8, où la bonhommie des acteurs (John C. Reilly en tête) ne comble pas le manque de péripéties. Seul espoir : que cette saison de chauffe permette à nos auteurs de se familiariser avec leur nouveau sujet, et de revenir au top en saison 2.

Un humour trop terre à terre

À vouloir à tout prix ramener l’espace au ras du sol, en privilégiant les intrigues bureaucratiques et le bon sens très humain, les comédies spatiales semblent rater le coche de l’imaginaire. Elles y perdent en connivence avec le spectateur, qui associe encore l’espace avec le mystère et le merveilleux. Puisque l’espace évoque davantage le drame ou le space opera, il faut une sacrée dose de créativité pour le concilier à la comédie. Mais Space Force, Avenue 5 et Moonbase 8 n’ont jamais la folie parodique d’un Mel Brooks dans sa Folle Histoire de l’espace, ni l’inventivité de séries d’animation comme Final Space, Rick et Morty ou la récente Solar Opposites, croisement trash et hilarant entre Candide et E.T. L’occupation du genre par cette ribambelle de cartoons géniaux est sans doute pour beaucoup dans l’échec relatif de Moonbase 8 and co. Parce qu’elle peut s’affranchir des barrières physiques et logiques, l’animation a le pouvoir de montrer la dangerosité de l’espace tout en restant burlesque. Tandis que les séries live action, pour tenter de nous faire rire d’un truc fondamentalement flippant, s’empêtrent dans la banalité du réel.

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Une réalité plus lunaire que la fiction

Pour activer nos zygomatiques, Space Force, Avenue 5 ou Moonbase 8 misent toutes les trois sur l’absurde. Sauf qu’avec l’année qu’on vient de passer, l’absurde, c’est devenu notre réalité. Et ça n’a plus rien ni d’étonnant, ni de drôle. Une nouvelle force spatiale américaine gérée à vue par des bras cassés ambitieux, qui tourne au conflit politique avec une puissance étrangère dans Space Force ? C’est du déjà vu avec l’administration Donald Trump qui a frôlé de peu la Troisième guerre mondiale avec l’Iran. Une croisière spatiale qui vire à la catastrophe où voyageurs et personnel naviguant ne savent plus quoi faire ni comment se comporter dans Avenue 5 ? La gestion de la pandémie lui dame le pion en matière d’aberration et de non-sens. Trois personnes interdites de sortie, sauf sous autorisation, qui trompent l’ennui en essayant de lutter contre la folie dans Moonbase 8 ? Bien essayé, mais le confinement est déjà passé par là. L’humour est une question de timing et cette fois, la réalité a devancé la fiction.

Moonbase 8, actuellement sur Canal+
Space Force, disponible sur Netflix
Avenue 5, disponible sur OCS

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