La Meute actuellement sur Arte

Des jeunes filles et des loups

Venue du Chili, La Meute explore la violence masculiniste sous toutes ses formes. Si la série produite par Pablo Larraín fait preuve d’une saine colère et d’une belle témérité, on regrette qu’elle dilue quelque peu son propos dans une surabondance d’intrigues secondaires.

Par Perrine Quennesson

24 juin 2021
Temps de lecture 5 min

La Meute

Bande-Annonce

Du Chili, on connaît surtout le nom et les films de quelques réalisateurs de cinéma, du documentariste Patricio Guzman au regretté Rául Ruiz, de la star Pablo Larraín à la valeur montante Sebastián Lelio (Gloria). Mais rares sont les séries qui passent le Cap Horn pour arriver jusqu’à nous. La Meute, elle, a fait le voyage et atterri directement sur Arte. Un exploit en grande partie dû à son sujet très en prise avec les préoccupations du moment  – la violence à l’encontre des femmes. Peut-être aussi que le nom de Pablo Larraín, justement, qui est ici producteur, a aidé la série à obtenir son visa. On retrouve d’ailleurs dans La Meute un traitement sans concession qui peut rappeler la radicalité du réalisateur d’El Club et d’Ema. L’histoire ? Dans un lycée catholique de Santiago agité par des accusations d’agression sexuelle à l’encontre d’un des professeurs, l’élève qui mène le mouvement, Blanca Ibarra, est enlevée, séquestrée, et la vidéo de son viol est diffusée sur les réseaux. Trois enquêtrices s’emparent du dossier, et découvrent l’existence d’un jeu du Loup, où de jeunes hommes se liguent pour « remettre les femmes à leur place ».

Co-créée par la scénariste, réalisatrice et romancière argentine Lucía Puenzo (remarquée en 2007 pour son étonnant film XXY), La Meute prend la forme d’un polar pour aborder sans détour toutes les formes d’oppression que peut prendre le sexisme systémique, en particulier dans une société chilienne très conservatrice et patriarcale. Ce sujet brûlant d’actualité pourrait être casse-gueule car les pièges sont nombreux, de l’opportunisme voyeur au militantisme frileux. De la scène d’ouverture, où une jeune étudiante est contrainte par un professeur de prendre des positions lascives, sous prétexte d’un exercice de théâtre filmé, jusqu’aux scènes de viols ou de meurtres très graphiques, La Meute n’a de fait rien de timoré. Mais la colère que déploie la série  –  et que la chanson du générique, No estamos solas (« Nous ne sommes pas seules »), signée de la rappeuse franco-chilienne Ana Tijoux, encapsule parfaitement  –, est franche et salvatrice. Le problème vient plutôt de l’accumulation des intrigues. Il est clair qu’au Chili, le cœur est lourd, et il a tendance à déborder… au risque de s’éparpiller. En seulement huit épisodes, la question des violences féminicides croise une affaire de trafic de nouveaux nés, le monde des hackers proche des Anonymous, des drames conjugaux et familiaux, et encore une histoire de flic traumatisée qui n’a rien à envier au Silence des agneaux. C’est trop. En plus de rendre le récit pas toujours cohérent, ni très compréhensible, ce trop-plein dilue la puissance du sujet initial. Et finit par tenir le spectateur à distance.

« La Meute fait preuve d’une réelle maestria dans sa gestion des temporalités. »

Reste que dans ses premiers épisodes, La Meute fait preuve d’une réelle maestria dans sa gestion des temporalités. À travers les personnages des lycéennes, des parents et des enquêtrices, la série explore plusieurs manières de voir et de vivre le monde et ses failles. L’urgence de la jeunesse, le temps de la réflexion policière, la paralysie parentale… Au lieu de seulement les opposer, La Meute les conjugue, les harmonise et les fait dialoguer. Et les temporalités se trouvent démultipliées à mesure que l’affaire dépasse les frontières du quartier aisé dont elle est partie, et finit par atteindre l’ensemble de la population. Cette architecture complexe mais passionnante permet à la série de donner leur place à des points de vue nuancés, comme celui du fils de la principale enquêtrice, un  jeune garçon sensible, harcelé à l’école, qui voit dans le fameux jeu du Loup l’unique solution pour mettre fin à son calvaire. Ainsi la série rappelle-t-elle que si les femmes sont les premières victimes du masculinisme violent, celui-ci n’épargne pas l’âme des hommes eux-mêmes, en particulier lorsqu’elle est encore en construction. Si La Meute s’égare parfois, elle a le mérite de taper juste.

La Meute, disponible sur Arte.tv et à voir sur Arte à partir du 24 juin.

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