Grand Army
Dure euphorie

Lancée dans l’indifférence générale le 16 octobre dernier, Grand Army s’inscrit dans la vague de teen drama de ces dernières années, tendance Euphoria. Pas facile de marcher dans les traces de la géniale série portée par Zendaya… Comment Grand Army s’en sort-elle ? Verdict.

Par Paul Gombert

Temps de lecture 5 min

Grand Army

Bande-Annonce

Stop ou encore ? C’est forcément la question qu’on se pose en lançant le premier épisode de Grand Army, nouveau teen drama signé Netflix. Il faut dire que l’overdose peut commencer à se faire ressentir. En l’espace de cinq ans, une nouvelle génération de séries adolescentes a vu le jour et rencontré un succès retentissant. De Riverdale à Elite, en passant par Skam France et 13 Reasons Why, les histoires retraçant le quotidien malmené d’adolescents au seuil de l’indépendance ont envahi nos écrans. Bien loin de drôleries pop telles que Glee et Sex Education, Grand Army mise sur la dureté du passage à l’âge adulte, et c’est avec Euphoria, le drame cafardeux d’HBO, salué aux derniers Emmy Awards, que la filiation est la plus évidente. Une même jeunesse désabusée, déprimée, révoltée… Grand Army souffre-t-elle de la comparaison ? Fatalement, mais elle parvient quand même à tirer son épingle du jeu.

La série de Netflix prend place à Brooklyn, dans un lycée marqué, dès le premier épisode, par l’attentat à la bombe qui vient de frapper le quartier new-yorkais. Le ton est donné, et ce terrible évènement s’avère bientôt l’arbre qui cache la forêt. Une forêt de traumatismes plus insidieux, de doutes plus personnels, qui touchent chacun des personnages. Des peurs, ou parfois des certitudes, qui leur font prendre tout un tas de décisions désespérées. Katie Cappiello, dont c’est la première série, dissèque merveilleusement bien les états d’âme de ces adultes en devenir qui tou.te.s, se retrouvent, à un moment ou à un autre, rattrapé.e.s par leurs propres démons.

« L’ado est filmé frontalement, en plan fixe, sans fioriture, sans artifice visuel »

C’est le cas de Sid (Amir Bageria), confronté à son homosexualité avérée, mais toujours refoulée, ou de Leila (Amalia Yoo), qui, dans sa quête d’être sexuellement désirée, s’embourbe dans une obsession néfaste qui va la rendre plus détestable qu’autre chose. Même les protagonistes qui semblent moins torturé.e.s de prime abord voient la réalité leur tendre des pièges. Ainsi Joey (Odessa Adlon), cheerleader populaire et féministe engagée, revendique une émancipation physique et mentale qui finit pourtant par se retourner contre elle et s’avérer totalement destructrice. Dominique (Odley Jean), la basketteuse amoureuse d’un de ses camarades, est empêchée de s’épanouir, notamment en amour, par les responsabilités familiales qui pèsent sur ses épaules. Quant à Jayson (Maliq Johnson), le saxophoniste insouciant qui fait les quatre cent coups avec son pote Owen, il découvre après une mauvaise blague les injustices du système scolaire et juridique.

Katie Cappiello crée un monde sans grands gentils ni grands méchants, dessine des personnages vulnérables, parfois haïssables et l’instant d’après attachants. Comme Sam Levinson dans Euphoria, elle échappe ainsi au manichéisme de certaines séries pour ados. Mais si Grand Army rejoint Euphoria dans son refus de l’idéalisation, elle s’en distingue par ses partis pris de mise en scène. Loin des mouvements très chorégraphiés, des jeux de lumière et de la virtuosité revendiquée qui font la patte d’Euphoria, les cinq réalisateurs de Grand Army choisissent de faire profil bas. Et c’est finalement dans cette sobriété que la série se détache de son modèle et trouve son identité propre. Ici, l’ado est filmé frontalement, en plan fixe, sans fioriture, sans artifice visuel : le voilà seul face à l’horreur de sa condition. La mise en scène ne lui viendra pas en aide. Entre cette représentation résolument plus réaliste, ou celle plus fantasmée et onirique d’Euphoria, on décide de ne pas choisir… Seulement d’apprécier les deux et se dire que le teen drama a encore de beaux jours devant lui.

Grand Army, disponible sur Netflix

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