3615 MONIQUE

Ici les années 80

À peine mort, VGE est en plein retour de hype. En attendant Ovni(s) en janvier sur Canal+, OCS dégaine sa série giscardienne avec 3615 Monique. Sorte de Halt and Catch Fire du Minitel rose, la série oscille entre récit initiatique et portrait d’un entrepreneuriat débridé. Mais entre humour et nostalgie, elle peine à trouver l’équilibre.

Par Perrine Quennesson

Temps de lecture 5 min.

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Ils ont une bonne tête, nos trois macronistes avant l’heure. Étudiants dans une fac de science de la périphérie parisienne, Stéphanie, Simon et Toni ont l’idée du siècle : alors que le Minitel fait son apparition dans les foyers de France et de Navarre, ils créent un service de messagerie érotique. 3615 Monique est né, et la misère sexuelle étant intemporelle, les profits s’annoncent colossaux. Sauf qu’ils ne sont pas les seuls à y avoir pensé… et que gérer une telle entreprise, cachés dans les murs de la fac, n’a rien d’une sinécure. Sympathique, le pitch de la série d’Emmanuel Poulain-Arnaud et Armand Robin, réalisée par Simon Bouisson (Stalk) l’est tout autant que son trio d’acteurs, Noémie Schmidt, Arthur Mazet et Paul Scarfoglio. Mais 3615 Monique ne dépasse jamais cette borne.

Car si la série maîtrise les codes – répliques qui font mouche, timing efficace -, elle peine à aller plus en profondeur. Au-delà de la comédie estudiantine, 3615 Monique avait pourtant le potentiel de raconter un moment clé de la société française contemporaine. L’action se situe pile au passage de pouvoir entre Valérie Giscard d’Estaing et François Mitterrand, et nos trois jeunes qui n’en veulent incarnent à la fois le sang neuf apporté par la victoire de la gauche en 1981, et les frémissements de l’ultra-libéralisme qui ne tardera pas à écraser la promesse keynésienne du premier acte de la Mitterrandie. Révolution, désinhibition, enthousiasme. Ils rêvent d’un monde où la technologie générera du lien, où la création d’entreprise vaincra le déterminisme social… Sauf que l’on sait, nous, que la rigueur fera son retour de bâton en 1983, que ces utopies tourneront court, que le Minitel n’est plus qu’une vaste blague au goût nostalgique, et que ses avatars, des réseaux sociaux à PornHub, n’ont pas franchement resserré la cohésion sociale ni fait un sort aux inégalités. L’impression de regarder un accident au ralenti donne un goût amer à la série. Non seulement l’avenir que Stéphanie, Simon et Toni espèrent incarner est contraint à l’échec, mais pire encore, ces trois « jeunes entrepreneurs » proches de la vision Marlène Schiappa du terme, n’augurent rien de bon pour le 21e siècle qu’ils préfigurent.

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Dans l’idée, 3615 Monique pourrait alors être une sorte de Black Mirror version rétro. Mais dans la forme, cette saison 1 n’atteint jamais cette ambition, ni cette gravité. Tout y est léger, et c’est à la fois sa force et sa faiblesse. Fortement inspirée de The Social Network, la série raconte la création d’une petite entreprise technologique avec les moyens du bord, à un rythme sisyphéen où ascension et échec se succèdent sans discontinuer, au point d’en devenir un peu répétitive. Dans la veine de Halt and Catch Fire, ou encore des Français Le Péril Jeune et La Crème de la crème, elle rejoue un triangle amoureux programmatique avec des archétypes bien connus, la femme brillante et belle à tomber, le beau parleur cool et le geek timide. Tout cela est assez confortable, mais la série peine à transcender les œuvres dont elle s’inspire et laisse une sensation de déjà vu. Encore plus forte quand on pense à Stalk, la précédente et très réussie série de Simon Bouisson, dont 3615 Monique serait la jumelle vintage.

De ses modèles, la série ne prend pas la densité et reste en surface. Elle joue allègrement sur la nostalgie, avec ses looks bien eighties et son vocabulaire « ok, bath et in », mais ne s’aventure jamais vraiment à nous dire quelque chose ni sur son époque, ni sur la question de la frustration charnelle, la fin de la révolution sexuelle ou le rapport à la prostitution. Tout est balayé, réduit à des discours galvaudés, au clin d’œil appuyé et à la blague. Plaisant au départ, ce côté survolé finit par lasser. La série ne gagne en épaisseur que lorsqu’elle plonge dans l’intériorité de ses personnages. Quand elle fait un pas de côté pour regarder qui ils sont, met en lumière le mal-être social qui les anime, leurs insécurités et leurs désirs profonds, elle parvient à les rendre particulièrement attachants. Pour preuve le très bel épisode 5,où le Minitel Rose et l’émission de radio Allô Macha, manipulés par nos acolytes, viennent à la rescousse d’un couple en crise et révèlent la complexité de Toni, parfaitement joué par Paul Scarfoglio. Ou encore le personnage malin de Chantal, une prostituée interprétée par Vanessa Guide, dont le parcours s’avère souvent émouvant. Peut-être cette saison 1 agit-elle comme une introduction ingénue pour préparer le terrain d’une saison 2 plus sagace ? On le souhaite car malgré les défauts, l’envie de retrouver Stéphanie, Simon, Toni est bien là, tenace.

3615 Monique, actuellement sur OCS

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